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POUR ARCESILAS DE CYRÈNE VAINQUEUR A LA COURSE DES CHARS Strophe 1. — C’est aujourd’hui que tu dois te présenter chez un mortel que j’aime, chez le roi de Cyrène aux prompts coursiers, afin que, dans les fêtes d’Arcésilas, ô Muse, tu souffles le doux vent (74) Antistrophe 1. — Et accomplirait ainsi, sous la dix-septième génération (82), l’oracle de Médée dans Théra (83), oracle qu’exhala de sa bouche immortelle la fille intrépide d’Éétès, Épode 1. — « Ils remplaceront les dauphins aux courtes ailes par d’agiles coursiers, et, au lieu de rames, manieront des rênes et des chars prompts comme la tempête; cette prédiction fera de Théra Str. 2. — « II (91) nous était apparu quand nous suspendions au navire l’ancre à la dent d’airain, frein du rapide Argo. Pendant douze jours, nous avions traîné sur le dos d’une terre déserte la poutre Ant. 2. — «Mais le désir d’un doux retour ne nous permettait pas de nous arrêter. Alors il se dit Eurypyle, fils de l’immortel Géochus Ennoside (93). Mais il nous voit pressés, et soudain saisissant une Ép. 2. — «Emportée un soir par l’onde humide. Certes j’en avais (96) souvent recommandé la garde aux serviteurs qui allègent nos travaux; mais leur zèle s’est oublié. Ainsi, dans cette île Str. 3. — «Aurait vu son sang, à la quatrième génération, s’emparer, avec les Danaens (98), de cet immense continent (99). Car, à cette époque (100), ils sortent de la grande Lacédémone, Ant. 3. — «Près du sanctuaire de la Pythie. Enfin les temps s’accomplissent, et sur ses vaisseaux il a (104) transporté une colonie au sol fertile de Nilus Cronide.» Tels furent les vers que prononça Médée Ép. 3. — Au moment où tu demandais aux dieux le moyen de délier ta langue (109) captive. Et maintenant encore, après tant d’années, vigoureux comme le printemps aux fleurs purpurines, Arcésilas est Str. 4. — Quelle fut donc l’origine de cette expédition? quel péril les enchaîna de ses durs liens (112) d’acier? Il était arrêté que Pélias (113) mourrait par les mains ou par les embûches Ant. 4. — Soit qu’il fût étranger ou citoyen. Enfin il paraît, armé de deux javelots, ce terrible mortel. Un double vêtement le couvre ; l’un, propre aux Magnésiens (116), dessine ses membres admirables; Ép. 4. — On ne le connaît point; cependant, parmi ceux qui le contemplent, on en vient à dire : «Ce n’est point Apollon, ce n’est point le dieu au char d’airain, l’époux (117) d’Aphrodite. Dans la féconde Str. 5. — C’est ainsi que l’on s’entretenait. Or, sur un char brillant, traîné par d’agiles mules, Pélias arriva en toute hâte. Et soudain il s’étonne à l’aspect du cothurne trop connu dont le pied droit Ant. 5. — D’un ton ferme et calme, il lui répondit: «J’apporte l’enseignement de Chiron (120). Car j’arrive de son antre, où m’ont nourri Chariclès et Philyre, chastes filles du centaure. Parvenu à l’âge Ép. 5. — «Car je sais que l’injuste Pélias, entraîné par un esprit aveugle, a violemment dépouillé mes parents, qui régnaient au nom des lois. Je voyais à peine la lumière, Str. 6. — «Maintenant vous connaissez tout ce que j’avais à dire. La demeure de mes aïeux aux blancs coursiers, généreux citoyens, indiquez-la moi sans détour. Car, fils d’Éson, je suis né Ant. 6. — Au bruit de son arrivée accourent bientôt deux frères d’Éson. Phérès ne vient pas de loin; il a quitté la fontaine Hypéréide (122); Amythaon vient de Messène; leurs Ép. 6. — Mais, au sixième, le héros, dans un grave discours où il expose tout dès l’origine, s’ouvre à ses proches. Ils l’approuvent. Aussitôt il sort de sa demeure avec eux; et ils marchent au Str. 7. — «L’esprit des mortels n’est que trop prompt à préférer au bon droit un gain frauduleux, quoiqu’ils marchent ainsi vers une fin cruelle. Mais vous et moi, assurons-nous, en réglant nos désirs Ant. 7. — «Non, il ne convient pas que l’airain des glaives ou des javelots règle le partage des grandeurs de nos pères. Pour moi, je vous abandonne volontiers et les brebis, et les blonds troupeaux de bœufs et les Ép. 7. — «Rendez-le moi, sans que nous ayons à gémir tous deux; craignez de susciter quelque nouveau malheur.» Telles furent ses paroles. Pélias, à son tour, lui répond aussi avec sang-froid Str. 8. — «Et aux traits impies d’une marâtre (132). Un songe merveilleux est venu m’avertir. J’ai consulté l’oracle de Castalie (133) pour m’éclairer. Et il me commande d’équiper au plus tôt un navire Ant. 8. — Dépêche partout des hérauts pour annoncer la prochaine expédition. Bientôt accourent trois guerriers (135) indomptés, fils de Jupiter Cronide, d’AIcmène aux yeux étincelants et Ép. 8. — Mercure aussi, au caducée d’or, jette dans les périls de cette entreprise ses deux fils Echion et Eurytus, bouillants de jeunesse. D’autres qui habitent le pied du Pangée sont arrivés à la Str. 9. — Sur le navire Argo, afin qu’aucun d’eux ne consumât lâchement sa vie en restant près d’une mère; mais qu’ils pussent tous, même au risque de la mort, conquérir avec les héros de leur âge Ant. 9. — Une coupe d’or entre les mains, le chef, sur la poupe, invoque le père des immortels, Jupiter tonnant, les tourbillons impétueux des flots et des vents, et les ténèbres et les routes de la mer, et les jours Ep. 9. — A se courber sur les rames, et les flatte des plus douces espérances. Leurs mains actives exécutent la manœuvre infatigable. Ils arrivent, poussés par les brises du midi, à l’embouchure de l’Euxin. Str. 10. — De les soustraire au choc violent de rochers (139) qui s’entre-heurtent. C’étaient deux écueils vivants qui roulaient avec plus d’impétuosité que les bataillons des vents retentissants. Mais bientôt Ant. 10. — Aux mortels cet oiseau du délire (140), et apprit au sage Esonide (141) des prières et des enchantements, afin que Médée perdit tout respect pour sa famille, et que l’amour de la Grèce agitât Ep. 10. — Cependant Eétès, aux yeux de tous, arrête sa charrue d’acier, ses bœufs qui soufflent de leurs rouges naseaux des torrents de flamme, et déchirent tour à tour le sol de leurs ongles d’airain. Str. 11. — La dépouille immortelle, la brillante toison «aux franges d’or.» A ces mots, Jason jette de côté son manteau de safran (143) et se met à l’œuvre, plein de foi en Dieu. Mais la flamme ne Ant. 11. — Et les compagnons du vigoureux guerrier tendent vers lui des mains amies, le couronnent de verdure et l’accueillent avec de douces paroles. Et bientôt le superbe fils (145) du soleil indique l’endroit où le glaive de Ép. 11. — Mon retour serait lent par la route des chars; car le temps me presse. Je connais un sentier qui abrège. Sur beaucoup d’autres je l’emporte (146) en habileté. Il tua par son adresse , ô Arcésilas, Str. 12. — Et se marièrent. Ainsi, dans des champs étrangers, le destin marqua le jour ou les nuits qui reçurent le premier rayon de votre bonheur. C’est là que parut la race d’Euphémus à jamais immortelle. Ant. 12. — Si le tranchant d’une cognée enlève ses branches au grand chêne et flétrit son admirable beauté, quoique stérile, il rend encore témoignage de lui-même, lorsque le feu de la tempête Ép. 12. — Or, vous êtes le médecin que les temps demandent, et Péan honore vos jours; ne touchez que d’une main légère à la plaie encore ouverte. Bouleverser une cité est chose facile, Str. 13. — Réfléchissez aussi sur cette maxime d’Homère (153): «Un bon messager apporte toujours à une cause un grand relief.» Une muse aussi s’honore par un noble message. Cyrène et l’illustre Ant. 13. —Ne combat jamais l’homme de bien et ne couve aucun projet (155). En effet, parmi les hommes, l’occasion échappe vite; il la connaît et la suit en homme libre, non en esclave. Cependant il est bien douloureux, dit-on, Ep. 13. — Il souhaite, après avoir subi une mortelle infortune, de revoir enfin ses foyers, de prendre part encore avec tout l’abandon de la jeunesse, aux banquets célébrés près de la fontaine d’Apollon (158),
(74) Pierre Charron , de la Sagesse. livre I, ch. 24, dit que l’espérance allume de son doux vent nos fols désirs. (75) Apollon et Diane. (76) La Pythie. (77) Ils étaient sur une pierre blanche à l’entrée du temple, et représentaient la puissance de Jupiter, sous les auspices duquel la Pythie proclamait les oracles d’Apollon (78) Quelquefois il était, disait-on, à Délos. (79) Voyez l’argument. (80) Théra. (81) Cyrène. (82) A partir d’Euphémus I. (83) Ile de la mer Egée où le Lacédémonien Théras conduisit une colonie. (84) De Théra. (85) Libye. (86) Fils de Jupiter et d’Io. (87) Cyrène. (88) Lac de l’Afrique propre. (89) Un Triton, sous les traits d’Eurypyle, prince de la Cyrénaïque. (90) Un des Argonautes, aïeul des Battiades qui régnèrent en Libye. (91) Le dieu. (92) Les Argonautes passèrent, en retournant dans leur patrie du Phase dans l’Océan, de l’Océan dans la mer Erythrée , de la mer Erythrée dans le lac Triton , après avoir transporté à travers (93) Surnoms de Neptune : le premier signifie qui embrasse la terre; le second , agitateur. (94) C’est Médée qui parle; elle accompagnait les Argonautes qui retournaient en Grèce: (95) Euphémus. (96) Cette glèbe remise aux mains des Argonautes annonçait qu’un jour les descendants de l’un d’entre eux , les Battiades seraient les souverains de la Libye. (97) Euphémus I. (98) Ou Achéens. (99) De la Libye. (100) Époque de la grande invasion du Péloponnèse par les Doriens vers 1100. Les Danaens ou Achéens attaqués par les Doriens émigrèrent à Théra avec les Minyens et les Égides. (101) Des Lemniennes. (102) A Théra. (103 Battus. (104) Battus. (105) En Libye. (106) Le Jupiter qui répand sur l’Egypte les bienfaits du Nil : style d’oracle. (107) Battus. (108) La prêtresse. (109) Battus était bègue ; c’est le sens étymologique de son nom. (110) Aux jeux pythiques où se rendent les peuples voisins de Pytho. (111) Thessaliens. Jason, leur chef, était d’Iolcos, en Thessalie. (112) En grec Clous. (113) Pélias, oncle de Jason, avait usurpé le trône qui revenait à Éson , père du jeune héros. (114) Jason était fils d’Eson, fils de Créthée, fils d’Éole. (115) A Delphes. (116) Peuple de Thessalie. (117) Mars. (118) Femme d’Alocus qui régnait sur l’Asopie; elle eut deux enfants de Neptune : Otus et Éphialte voulurent escalader le ciel. (119) Il voulut attenter à l’honneur de Latone. (120) Je ne mentirai point. (121) A Iolcos. (122) Près de Phères en Thessalie. (123) Jason, leur cousin. (124) Pélias. (125) Le Neptune des rochers : il avait écarté des rochers pour donner un libre cours au Pénée , en Thessalie. (126) Enarée. (127) Pélias était petit-fils de Salmonée, et Jason petit(lis de Créthée: ils avaient pour aïeule commune Énarée. (128) Elles nous abandonnent : dès lors plus de bonheur. (129) Éson, père de Jason. (130) Fils d’Atbamas, roi de Thèbes, et persécuté par sa belle-mère Ino. Il chercha un asile en Colchide avec Hellé, sa sœur, qui périt dans les flots. (131) Roi de Colcbos. (132) Ino. (133) De Delphes. (134) De qui l’on descend ou qui préside à la naissance. Jason et Pélias descendaient de Jupiter par Éole. (135) Hercule, Castor et Pollux. (136) Surnom de Neptune qui signifie agitateur. (137) Chef de la race des Euphémides ; dieu de la mer qu’ils allaient franchir. (138) Ce lieu s’appelait Hiéron, sur la côte d’Asie. Les dis de Phrixus y avaient élevé un autel aux douze grands dieux; les Argonautes en retrouvèrent les débris et consacrèrent à Neptune (139) Les Symplégades. (140) La bergerette était chez les anciens un emblème des agitations inquiètes de t’amour. On s’en servait dans les charmes pour faire naître celtt passion. (141) A Iason. (142) Déesse de la persuasion. (143) Chez les anciens, la couleur de safran comme celle de pourpre était la couleur des héros et des princes. (144) Médée. (145) Éétès. (146) Je connais l’art des transitions rapides. (147) Plus tard Médée fit périr Pélias en conseillant à ses filles de le tuer et de jeter ses membres dans une chaudière d’eau bouillante pour le rajeunir. (148) Qui baigne la partie orientale et méridionale de l’Afrique. Les Argonautes revinrent en Grèce en passant du Phase dans l’Océan , de l’Océan dans la mer Erythrée, de la mer Erythrée dans le lac de Triton (149) Vêtement fait par des femmes : ceci rappelle les écharpes données aux chevaliers dans les joutes du moyen âge. (150) Théra. (151) Apollon. (152) Images un peu énigmatiques qui signifient: «Un prince doit respecter le peuple qui est toujours la force de l’état, soit qu’on le prive des grands , soit que la guerre civile éclate, soit qu’un tyran l’opprime. » (153) Iliade, XV, v. 207. (154) Exilé dont Pindare demande le rappel. (155) Qui puisse encore inquiéter Arcésilas. (156) II est accablé par l’exil. (157) Arcésilas aussi ferait bien de changer de politique. (158) Appelée Cyré; elle a donné son nom à Cyrène. (159) Il y a connu Pindare dont les vers immortaliseront Arcésilas.
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Pindare – Pythiques
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