Ô la Femme ! Prudent, sage

 Paul Verlaine (1844-1896)
Recueil : Amour (1888) — Lucien Létinois

Ô la Femme ! Prudent, sage, calme ennemi,

Ô la Femme ! Prudent, sage, calme ennemi,
N’exagérant jamais ta victoire à demi,
Tuant tous les blessés, pillant tout le butin,
Et répandant le fer et la flamme au lointain,
Ou
bon ami, peu sûr mais tout de même bon,
Et doux, trop doux souvent, tel un feu de charbon
Qui berce le loisir, vous l’amuse et l’endort,
Et parfois induit le dormeur en telle mort.
Délicieuse par
quoi l’âme meurt aussi !
Femme à jamais quittée, ô oui ! reçois ici,
Non sans l’expression d’un injuste regret,
L’insulte d’un qu’un seul remords ramènerait.
Mais comme tu n’as pas de remords plus qu’un if
N’a d’ombre vive, c’est l’adieu définitif,
Arbre fatal sous quoi gît mal l’Humanité,
Depuis Éden pour jusqu’à
Ce Jour Irrité.

 

Paul Verlaine

 

paulverlaine

 

{loadposition position_verlaine_amour}

{loadposition position_verlaine_oeuvres}