Je ne suis plus de ces esprits philosophiques

 Paul Verlaine (1844-1896)
Recueil : Chansons pour Elle (1891)

Je ne suis plus de ces esprits philosophiques

Je ne suis plus de ces esprits philosophiques,
Et ce n’est pas de morale que tu te piques
Deux admirables conditions pour l’amour
Tel que nous l’entendrons, c’est-à-dire sans tour
Aucun de bête convenance ou de
limites,
Mais chaud, rieur – et zut à tous us hypocrites !

Aimons gaiment
Et franchement.

J’ai reconnu que la vertu, quand s’agit d’Elles,
Est duperie et que la plupart d’elles ont
Raison de s’en passer, nous prenant pour modèles :
Si bien qu’il est très bien de faire comme font
Les bonnes bêtes
de la terre et les célestes,
N’est-ce pas ? prompts moineaux, n’est-ce pas, les cerfs prestes ?

Aimons bien fort
Jusqu’à la mort.

Pratique mon bon conseil et reste amusante.
S’il se peut, sois-le plus encore et représente
Toi bien que c’est ta loi d’être pour nous charmer
Et la fleur n’est pas plus faite pour se fermer
Que vos coeurs et
vos sens, ô nos belles amies
Tête en l’air, sens au clair, vos « pudeurs » endormies,

Aimons drûment
Et verdement !

 

 

Paul Verlaine

 

paulverlaine

 

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