Je meurs de soif en couste la fontaine

Charles d’Orléans (1394-1465)

Je meurs de soif en couste la fontaine

Ballade

Je meurs de soif en couste la fontaine ;
Tremblant de froit ou feu des amoureux ;
Aveugle suis, et si les autres maine ;
Povre de sens, entre saichans l’un d’eulx ;
Trop negligent, en vain souvent songneux ;
C’est de mon
fait une chose faiee,
En bien et mal par Fortune menee.

Je gaingne temps, et pers mainte sepmaine ;
Je joue et ris, quant me sens douloreux ;
Desplaisance j’ay d’esperance plaine ;
J’atens bon eur en regret engoisseux ;
Rien ne me plaist, et si suis desireux ;
Je m’esjoïs,
et cource a ma pensee,
En bien et mal par Fortune menee.

Je parle trop, et me tais a grant paine ;
Je m’esbays, et si suis couraigeux ;
Tristesse tient mon confort en demaine ;
Faillir ne puis, au mains a l’un des deulx ;
Bonne chiere je faiz quant je me deulx ;
Maladie m’est en
santé donnee,
En bien et mal par Fortune menee.

ENVOI

Prince, je dy que mon fait maleureux
Et mon prouffit aussi avantageux,
Sur ung hasart j’asserray quelque annee,
En bien et mal par Fortune menee.

Charles d’Orléans

 

02charlesdorleans

 

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