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PERSONNAGES ALKÈSTIS
Apollôn Ô demeure d’Admètos, où j’ai subi la table servile, bien qu’étant Dieu ! Zeus, en effet, fut cause de ceci, ayant tué mon fils Asklèpios d’un coup de foudre dans la poitrine. Et j’en Thanatos Ah ! ah ! Que cherches-tu auprès de ces demeures ? Que fais-tu ici, Phoibos ? Tu enlèves encore injustement leurs honneurs aux Daimones souterrains. N’est-ce pas assez pour toi d’avoir détourné le destin d’Admètos, Apollôn Thanatos Qu’as-tu besoin de cet arc, si tu as pour toi la justice ? Apollôn J’ai coutume de toujours le porter. Thanatos Et de protéger ces demeures contre toute justice. Apollôn Je suis affligé, en effet, des malheurs d’un homme que j’aime. Thanatos Veux-tu me dérober aussi cet autre mort ? Apollôn Je ne te l’ai pas enlevé de force. Thanatos Comment donc est-il encore sur la terre, et non dessous ? Apollôn Parce qu’il a donné, au lieu de lui-même, sa femme que tu viens chercher. Thanatos Apollôn Prends, et va ! Je ne sais, en effet, si je pourrais te persuader… Thanatos Quoi ? De tuer celui qu’il faut tuer ? C’est ma tâche, en effet. Apollôn Non ! mais d’apporter la mort à ceux qui tardent à mourir. Thanatos Je comprends cette raison et ton zèle. Apollôn Est-il donc quelque moyen qu’Alkèstis parvienne à la vieillesse ? Thanatos Il n’y en a point. Tu penses bien que, moi aussi, je veux jouir de mes honneurs. Apollôn Assurément, tu n’emporteras qu’une seule âme. Thanatos Apollôn Mais si elle meurt âgée, elle sera ensevelie magnifiquement. Thanatos C’est en faveur des riches, Phoibos, que tu as établi cette loi. Apollôn Comment as-tu dit ? Es-tu devenue aussi subtile, sans que nous le sachions ? Thanatos Ceux à qui les richesses sont échues se rachèteraient, afin de mourir vieux. Apollôn Ainsi, il ne te plait pas de me faire cette grâce ? Thanatos Non, certes ! Tu connais mes habitudes. Apollôn Funestes aux mortels et haïes des Dieux ! Thanatos Tu n’obtiendras rien de ce qu’il ne convient pas que tu obtiennes. Apollôn Sans doute, tu t’adouciras, bien que tu sois très cruelle. Voici qu’un homme s’avance vers la demeure de Phérès, envoyé par Eurystheus, des plaines glacées de la Thrèkè, afin d’enlever Thanatos Tu auras beau parler, tu n’obtiendras rien de plus. Cette femme descendra dans les demeures d’ Aidès. Je vais à elle, afin de sacrifier par l’épée ; car celui-là, en effet, est consacré 1er demi-chœur D’où vient cette solitude devant l’entrée ? Pourquoi la demeure d’Admètos fait-elle silence ? 2e demi-chœur N’y a-t-il ici aucun ami qui puisse dire s’il faut pleurer la Reine morte, ou, si, vivante, Alkèstis, la fille de Pélias, voit encore la lumière, elle qui s’est montrée, à moi et à tous, 1er demi-chœur Quelqu’un entend-il, dans les demeures, ou les gémissements, ou le retentissement des mains, ou la lamentation, comme si la chose était accomplie ? Aucun des serviteurs n’est même debout aux portes. Plût aux 2e demi-chœur Certes, ils ne se tairaient pas, si elle était morte. Je ne pense pas, en effet, que le cadavre ait été enlevé des demeures. 1er demi-chœur D’où le penses-tu ? Je ne m’en flatte pas. Pourquoi en es-tu assuré ? 2e demi-chœur Comment Admètos aurait-il fait à sa chère femme des funérailles secrètes. 1er demi-chœur Je ne vois point devant les portes le vase d’eau vive, comme c’est la coutume aux portes des morts ; et les jeunes mains des femmes ne retentissent pas. 2e demi-chœur Voici cependant le jour marqué… 1er demi-chœur Que dis-tu ? 2e demi-chœur 1er demi-chœur Tu as touché mon âme et mon cœur.. 2e demi-chœur Il convient, quand les bons sont en proie au malheur, que celui qui a toujours été tenu pour excellent en gémisse. Le Chœur En quelque lieu qu’une nef soit envoyée, en Lykia, ou vers les arides demeures Ammonides, nul ne peut sauver l’âme de cette malheureuse ; car le destin fatal est proche. Je ne sais, ni à quel autel des Dieux, ni à Seul, le fils de Phoibos, si de ses yeux il voyait encore la lumière, ramènerait Alkèstis des sombres demeures et des portes du Hadès ; car, en effet, il ressuscitait les morts, avant que le trait du feu foudroyant lancé Mais voici une des servantes qui sort des demeures enpleurant. Quel nouveau coup de la fortune apprendrai-je ? Gémir quand il arrive malheur aux maîtres est digne de pardon. La femme est-elle encore vivante, ou a-t-elle péri ? La Servante Tu peux dire qu’elle est vivante et morte à la fois. Le Chœur Comment peut-on être mort, et vivre ? La Servante Déjà elle penche la tête, et elle rend l’âme. Le Chœur Ô malheureuse ! quelle femme tu perds, toi si digne d’elle ! La Servante Le maître ne le saura qu’après l’avoir souffert. Le Chœur N’y a-t-il plus aucun espoir de sauver sa vie ? La Servante Ce jour fatal la contraint. Le Chœur La Servante Les ornements dans lesquels son mari l’ensevelira sont prêts. Le Chœur Qu’elle sache maintenant qu’elle meurt glorieusement et la meilleure de toutes les femmes qui sont sous Hèlios ! La Servante Comment ne serait-elle pas la meilleure ? Qui le niera ? Quelle autre femme pourrait l’emporter sur elle ? Quelle autre pourrait mieux faire pour son mari que de mourir pour lui ? La Ville entière le sait ; mais tu seras plein d’admiration, Le Chœur Admètos gémit-il de ces maux, puisqu’il faut qu’une femme si excellente lui soit enlevée ? La Servante Certes ! il pleure, tenant sa chère femme dans ses bras, et il la supplie de ne point l’abandonner, demandant l’impossible. En effet, elle s’éteint, consumée par le mal, et fièvre dans les tristes bras 1er demi-chœur Ô Zeus ! Quelle issue à ces maux ? Quel remède à la calamité qui accable nos maîtres ? 2e demi-chœur Quelqu’un sort-il ? Couperai-je ma chevelure, et revêtirai-je les noirs vêtements ? 1er demi-chœur Certes, la chose est manifeste, amis ! Cependant, supplions les Dieux ! la puissance des Dieux est très grande. 2e demi-chœur Ô Roi Paian ! trouve quelque remède aux maux d’Admètos ! secours-le, secours-le ! En effet, déjà tu l’as secouru. Et, maintenant, sois celui qui délivre de la mort, repousse le tueur Aidès 1er demi-chœur 2e demi-chœur Ceci ne pousse-t-il pas à s’égorger, et à faire plus encore que de se pendre par le cou à un haut lacet? 1er demi-chœur En effet, tu verras morte en ce jour, non pas seulement une chère femme, mais la plus chère de toutes ! 2e demi-chœur Voici ! voici qu’elle sort elle-même des demeures avec son mari ! Ô terre Phéraienne, crie, gémis sur cette femme excellente consumée par le mal, et qui s’en va sous terre, dans le Hadès souterrain Le Chœur Jamais je n’affirmerai que le mariage possède plus de joie que de douleur, si j’en juge par les choses passées, et en voyant la destinée de ce Roi qui, ayant perdu la meilleure des femmes, traînera désormais Alkèstis Hèlios ! Lumière du jour ! Tourbillons ouraniens des nuées rapides ! Admètos Alkèstis Terre ! Toits des demeures ! Chambres nuptiales d’Iolkos ma patrie ! Admètos Redresse-toi, ô malheureuse ! Ne me délaisse pas! Supplie les Dieux puissants de te prendre en pitié. Alkèstis Je vois, je vois la Barque à deux avirons ! Et le Passeur des morts, ayant en mains sa perche, Kharôn, m’appelle déjà : — Que tardes-tu ? hâte-toi ! tu m’arrêtes. — Il m’excite Admètos Hélas ! Tu as parlé d’une cruelle traversée ! Ô malheureuse, combien nous souffrons ! Alkèstis Quelqu’un, quelqu’un m’emmène ! Ne vois-tu pas ? Aidès ailé, regardant sous ses sourcils noirs, m’emmène dans la Demeure des morts ! Que feras-tu ? va-t’en ! Ô malheureuse, quel chemin Admètos Alkèstis Épôde. Allez ! Quittez-moi ! Couchez-moi ; mes pieds ne me soutiennent plus. Le Hadès est proche, et la noire nuit enveloppe mes yeux. Ô enfants, enfants ! déjà vous n’avez plus de mère ! Salut, ô mes fils, Admètos Hélas sur moi ! J’entends une triste parole, plus triste pour moi que la mort. Je t’en supplie ! Par les Dieux ! ne m’abandonne pas ! Par tes enfants que tu laisseras orphelins ! lève-toi, rassure-toi ! Toi morte, Alkèstis Admètos, (car tu vois à quelle extrémité je suis) je désire, avant que je meure, te dire ce que je veux. Te respectant et donnant ma vie pour que tu voies la lumière, je meurs pour toi, quand je pouvais ne Le Chœur Prends courage ! Je ne crains pas de le dire pour lui : il fera cela, s’il n’a point perdu la raison. Admètos Cela sera, cela sera ! ne crains pas. T’ayant possédée vivante, morte tu seras seule ma femme ; et, à ta place, jamais aucune autre épouse Thessalienne ne me nommera son mari ; aucune, même née d’un Le Chœur Et moi, comme un ami pour un ami, je porterai avec toi le triste deuil à cause de celle-ci, car elle en est digne. Alkèstis Ô enfants, vous avez entendu les paroles de votre père disant qu’il n’épouserait jamais une autre femme, et qu’il ne m’oublierait pas. Admètos Et je l’affirme encore, et je le ferai. Alkèstis A cette condition, reçois nos enfants de ma main. Admètos Je reçois ce cher don d’une chère main. Alkèstis Maintenant, sois, à ma place, une mère pour ces enfants. Admètos Il le faut de toute nécessité, puisqu’ils sont privés de toi. Alkèstis Admètos Hélas sur moi ! Que ferai-je sans toi ! Alkèstis Le temps te consolera ; un mort n’est rien. Admètos Emmène-moi avec toi, par les Dieux ! Emmène-moi sous la terre. Alkèstis C’est assez de moi, pour toi ! Admètos Ô Daimôn ! de quelle femme tu me prives ! Alkèstis Déjà mes yeux obscurcis s’alourdissent. Admètos Je péris, si tu m’abandonnes, femme ! Alkèstis Je suis comme morte ; je ne suis plus rien ! Admètos Relève ton visage ! n’abandonne pas tes enfants ! Alkèstis Admètos Regarde ! regarde-les ! Alkèstis Je ne suis plus rien. Admètos Que fais-tu ? Tu nous abandonnes ? Alkèstis Salut ! Admètos Malheureux ! Je suis perdu ! Le Chœur Elle a vécu ! la femme d’Admètos n’est plus ! Eumèlos Hélas sur moi, à cause de ce malheur ! Ma mère est allée dans le Hadès ! Ô père, elle n’est plus sous Hèlios ! Malheureuse, elle abandonne ma vie et me laisse orphelin ! Vois ses paupières, Admètos Eumèlos Tout jeune, ô père, je reste seul, abandonné de ma chère mère ! Moi, malheureux… Et toi, jeune sœur, tu subis… ô père, c’est en vain que tu as pris une épouse ; tu n’es Le Chœur Admètos, il faut supporter cette calamité. En effet, tu n’es ni le premier, ni le dernier des mortels qui ait été privé d’une épouse excellente ; mais sache qu’il est nécessaire que Admètos Le Chœur Ô fille de Pélias, habite heureusement les demeures d’Aidès, ignorées de Halios ! Qu’Aidès, le Dieu aux noirs cheveux, sache, et que le vieux Conducteur des morts, qui est à la barre et à Les poètes te chanteront en foule, sur la tortue montagnarde à sept cordes, et en des hymnes non accompagnés de la lyre, à Sparta, quand reviendra l’anniversaire du mois Kainéien, à la pleine lumière Que n’est-il en moi, que n’ai-je la puissance de te ramener à la lumière, hors des demeures d’Aidès, et loin des courants du Kokytos, à l’aide de l’aviron du fleuve souterrain ! Toi seule, La mère de celui-ci, ni son vieux père, n’ont voulu, pour leur fils, cacher leurs corps sous la terre. Ils n’ont pas osé sauver celui qu’ils ont enfanté, les malheureux, eux qui ont les cheveux blancs Hèraklès Étrangers, qui habitez cette terre Phéraienne, trouverai-je Admètos dans les demeures ? Le Chœur Le fils de Phérès est dans les demeures, Hèraklès ! Mais, dis ! qui t’amène dans le pays des Thessaliens ? Pourquoi entres-tu dans la ville des Phéraiens ? Hèraklès J’accomplis un travail ordonné par Eurystheus tirynthien. Le Chœur Où vas-tu ? Où es-tu contraint d’aller errer ! Hèraklès Je vais enlever le quadrige de Diomèdès le Thrèkien. Le Chœur Comment pourras-tu faire cela ? Ne sais-tu pas quel est cet étranger ? Hèraklès Le Chœur Tu ne pourras te rendre maître des chevaux sans combat. Hèraklès Mais il ne m’est point permis de me refuser à cette tâche. Le Chœur Tu reviendras donc après l’avoir tué ; ou tu resteras, mort. Hèraklès Ce n’est pas le premier combat que je soutiendrai. Le Chœur Quel profit retireras-tu, ayant vaincu leur maître ? Hèraklès J’amènerai les chevaux au Roi tirynthien. Le Chœur Il n’est pas facile de mettre un frein à leurs mâchoires. Hèraklès A moins qu’ils ne soufflent le feu par les narines. Le Chœur Mais ils déchirent les hommes de leurs mâchoires affamées. Hèraklès Le Chœur Tu verras leurs râteliers aspergés de sang. Hèraklès De quel père se vante-t-il d’être né, celui qui les a élevés ? Le Chœur D’Arès. C’est le roi des guerriers de la Thrèkia riche en or. Hèraklès Tu parles d’un travail qui m’est destiné, car mon destin est pénible et cherche les hautes entreprises, puisqu’il me faut engager le combat avec ceux qu’Arès a engendrés, d’abord avec Lykaôn, Le Chœur Mais voici le Maître lui-même de cette terre, Admètos, qui sort des demeures. Admètos Salut, ô enfant de Zeus, issu du sang de Perseus ! Hèraklès Admètos Je le souhaiterais. Je sais combien tu es bienveillant. Hèraklès Pourquoi apparais-tu avec une chevelure lugubrement rasée ? Admètos Je vais, en ce jour, ensevelir un cadavre. Hèraklès Qu’un Dieu éloigne le malheur de tes enfants ! Admètos Les enfants que j’ai engendrés sont vivants dans les demeures. Hèraklès Ton père était très âgé, s’il est mort. Admètos Il vit, et ma mère aussi, Hèraklès. Hèraklès Mais ce n’est certes pas Alkèstis, ta femme, qui est morte ? Admètos Je te ferai, à propos d’elle, une double réponse. Hèraklès Admètos Elle est, et elle n’existe plus ; et elle m’accable de douleur ! Hèraklès Je n’en sais pas davantage. Tu parles obscurément. Admètos Ne sais-tu pas la destinée qu’il lui faut subir ? Hèraklès Je sais qu’elle a résolu de mourir pour toi. Admètos Comment donc existe-t-elle encore, si elle a consenti à cela ? Hèraklès Ah ! ne pleure pas ta femme prématurément ; attends l’instant. Admètos Qui doit mourir est mort, et qui est mort n’existe plus. Hèraklès Cependant, être et ne pas être sont choses différentes, Admètos Tu en juges d’une façon, Hèraklès, et moi, d’une autre. Hèraklès Admètos Une femme. C’est à une femme que je pensais. Hèraklès Une étrangère, ou quelque parente à toi ! Admètos Une étrangère, et cependant attachée à ma demeure. Hèraklès Comment donc a-t-elle perdu la vie dans tes demeures ? Admètos Son père étant mort, elle y a été élevée en orpheline. Hèraklès Hélas ! Puissé-je, Admètos, ne t’avoir pas trouvé ainsi gémissant ! Admètos Dans quel dessein me dis-tu cette parole ? Hèraklès J’irai vers une autre demeure hospitalière. Admètos Cela n’est point permis, ô Roi ! Qu’un tel malheur ne m’arrive pas ! Hèraklès Admètos Les morts sont morts. Entre dans ma demeure. Hèraklès Il est honteux que des affligés donnent un festin à leurs amis. Admètos Les chambres des hôtes, où je te conduirai, sont à l’écart. Hèraklès Renvoie-moi, et je t’en rendrai hautement grâce. Admètos Tu ne peux aller au foyer d’un autre homme. — Toi, serviteur, marche devant ; et, ouvrant les chambres hospitalières de ces demeures, ordonne à ceux que cela concerne qu’ils préparent une abondante nourriture. Le Chœur Que fais-tu ? Accablé d’un tel malheur, comment oses-tu, Admètos, recevoir des hôtes ? Es-tu insensé ? Admètos Mais, si j’avais repoussé des demeures et de la Ville l’hôte qui vient à moi, me louerais-tu davantage ? Non, certes ! Mon malheur n’en serait en rien diminué, et j’aurais été inhospitalier. Le Chœur Comment donc lui cachais-tu ton malheur présent, cet homme étant un ami qui t’arrive, comme tu le dis toi-même ? Admètos Jamais il n’aurait voulu entrer dans la demeure, s’il avait appris quelque chose de mes maux. Je ne lui semble pas, je pense, agir sagement en ceci, et il ne m’approuvera pas ! mais les portes de ma demeure ne savent ni repousser, Le Chœur Ô demeure d’un homme libre, hospitalière pour tous ! Apollôn Pythien, qui excelle par la lyre, a daigné t’habiter, et il a subi d’être berger sous ton toit, et il a chanté tes troupeaux les Et ils paissaient avec eux, charmés de tes chants, le lynx tachetés ; et, quittant le hallier de l’Othrys, la bande fauve des lions accourait ; et autour de la kithare, ô Phoibos ! le paon tacheté sautait, traversant C’est pourquoi Admètos habite une demeure très abondante en brebis, auprès du Boibéis aux belles eaux. Et il a l’aithèr des Molosses pour limite à ses terres labourées et à ses vertes Et, maintenant, il va recevoir un hôte dans sa demeure ouverte, pleurant encore, de ses paupières humides, sa chère femme morte récemment dans les demeures ; car un homme bien né honore la piété, et Admètos Hommes Phéraiens, présents ici, et qui m’êtes bienveillants, déjà les serviteurs, ayant orné le cadavre selon le rite prescrit, le portent au bûcher élevé et au tombeau. Mais vous, Le Chœur Phérès Je viens, fils, souffrir de tes maux, car tu as perdu une excellente et chaste femme, et nul ne dira le contraire ; mais il faut supporter ce malheur, bien qu’il soit lourd à supporter. Reçois ces ornements, et qu’ils soient Admètos Tu n’es pas venu à ces funérailles, appelé par moi, et ta présence n’est pas pour moi parmi les choses agréables. Jamais celle-ci ne revêtira ces ornements qui viennent de toi, et elle sera ensevelie Le Chœur Cessez ! C’est assez du malheur présent, ô fils ! n’irrite pas outre mesure l’esprit de ton père. Phérès Ô enfant, qui injuries-tu ? Est-ce quelque Lydien ou quelque Phrygien acheté pour de l’argent ? Ne sais-tu pas que je suis thessalien, sorti d’un père thessalien, et né libre ? Tu m’outrages outre mesure. Le Chœur C’est trop d’injures, maintenant et auparavant. Cesse, vieillard, de jeter avec bruit ces malédictions à ton fils. Admètos Phérès J’eusse été plus coupable en mourant pour toi. Admètos Est-il donc égal de mourir jeune ou vieux ? Phérès Nous ne devons vivre qu’une fois, et non deux. Admètos Ainsi, tu veux vivre plus longtemps que Zeus ! Phérès Tu maudis tes parents, qui ne t’ont fait aucun mal ! Admètos J’ai compris que tu aimes à vivre longtemps. Phérès N’emportes-tu pas ce cadavre qui tient ta place ? Admètos Ô le pise des hommes, c’est la preuve de ta lâcheté ! Phérès Du moins, tu ne diras pas qu’elle est morte pour moi. Admètos Phérès Épouse une foule de femmes, afin qu’il y en ait davantage à mourir pour toi ! Admètos Ceci est une honte pour toi, car tu n’as pas voulu mourir. Phérès Cette lumière divine m’est chère, bien chère. Admètos Ce sentiment est lâche, et indigne d’un homme. Phérès Tu ne te réjouiras pas de porter mon vieux corps. Admètos Tu mourras cependant, mais tu mourras déshonnoré. Phérès Mort, peu m’importe qu’on parle mal de moi ! Admètos Hélas ! Hélas ! Que la vieillesse est impudente ! Phérès Celle-ci n’a pas été imprudente, mais, certes, insensée. Admètos Phérès Je m’en vais. Ensevelis celle que tu as tuée ! Mais tu seras châtié par tes proches. Certes, Akastos ne sera plus un homme, s’il ne venge sur toi le meurtre de sa sœur. Admètos Que tu périsses toi-même, et périsse aussi celle qui habite avec toi ! Vieillissez comme vous le méritez, privés de votre fils encore vivant, car vous ne rentrerez pas sous le même toit que moi. Même Le Chœur Hélas! hélas ! Malheureuse à cause de ton courage, ô bien née et la meilleure des femmes, salut ! Que Hermès souterrain te soit bienveillant, et que Aidès t’accueille ! Et si, là, les bons Un Serviteur Je connais déjà, à la vérité, de nombreux hôtes venus de divers lieux dans les demeures d’Admètos, et je leur ai servi de la nourriture ; mais je n’ai pas encore reçu à ces Hèraklès Holà ! toi ! Pourquoi regardes-tu d’un air grave et inquiet ? Il ne convient pas qu’un serviteur semble triste aux hôtes, et il doit leur faire bon accueil. Or, toi, en voyant ici un ami de ton maître, tu le reçois Le Serviteur Je sais cela ; mais ce que j’éprouve n’appelle ni le rire ni les festins. Hèraklès Cette morte est une femme étrangère ; ne gémis pas outre mesure, car les maîtres de cette demeure sont vivants. Le Serviteur Comment, vivants ? Tu ne sais pas les maux qui sont dans la demeure. Hèraklès Le Serviteur Il est beaucoup trop, beaucoup trop l’ami de ses hôtes. Hèraklès Convenait-il, à cause des funérailles d’une étrangère, qu’il ne me traitât pas bien ? Le Serviteur Certes, elle n’était pas trop étrangère ! Hèraklès Y a-t-il donc ici quelque malheur qu’il ne m’a pas dit ? Le Serviteur Sois heureux ! C’est à nous de nous attrister des maux de nos maîtres. Hèraklès Cette parole n’indique pas un malheur étranger. Le Serviteur Autrement, je ne m’attristerais pas de te voir assis au festin. Hèraklès Aurais-je donc souffert une grave injure de la part de mes hôtes ? Le Serviteur Hèraklès Qui donc est mort ? Est-ce un des enfants ? Est-ce le vieux père ? Le Serviteur C’est la femme même d’Admètos qui est morte, ô étranger ! Hèraklès Que dis-tu ? Et, cependant, vous me donniez l’hospitalité ? Le Serviteur En effet, il craignait de te repousser de cette demeure. Hèraklès Ô malheureux ! quelle femme tu as perdue ! Le Serviteur Nous périssons tous ; elle ne périt pas seule. Hèraklès Le Serviteur Dans la route qui mène droit à Larissa. Tu verras un tombeau de marbre poli, hors du faubourg. Hèraklès Ô mon cœur, qui as tant osé ! ô mon âme, montre aujourd’hui quel fils la Tirynthienne Alkmèna, fille d’Élektryôn, a conçu de Zeus ! Il me faut sauver cette femme qui vient de mourir, Admètos Hélas, hélas ! triste accès, triste aspect de mes demeures vides ! hélas sur moi ! ah ! hélas ! Où irai-je ? où m’arrêterai-je ? Que dirai-je ? Que ne dirai-je pas ? Puissé-je périr Le Chœur Avance ! avance ! Entre dans la profondeur des demeures. Admètos Hélas ! Le Chœur Tu souffres des maux lamentables. Admètos Ah ! hélas ! Le Chœur Tu es dans la douleur, je le sais bien. Admètos Hélas ! hélas ! Le Chœur Tu n’es d’aucun secours à la morte. Admètos Le Chœur Ne plus voir le cher visage d’une femme si chère, que cela est triste ! Admètos Tu rappelles ce qui déchire mon cœur. Quel plus grand malheur, en effet, pour un homme, que de perdre une épouse fidèle ! Plût aux Dieux que, par suite du mariage, je n’eusse jamais habité ces demeures Le Chœur La destinée, l’inévitable destinée est là ! Admètos Hélas ! Le Chœur Et tu ne mets point de fin à tes maux ! Admètos Hélas ! Le Chœur Admètos Hélas! hélas ! Le Chœur Supporte-le. Tu n’es pas le premier qui ait perdu… Admètos Hélas sur moi ! Le Chœur Une femme. Toute sorte de calamités diverses accable diversement les mortels. Admètos Ô longs deuils ! Ô douleurs, à cause des amis qui sont sous la terre ! Pourquoi m’as-tu empêché de me jeter au moins dans la fosse creuse où elle est ensevelie, afin que je sois étendu mort auprès Le Chœur J’avais un proche parent dont le fils unique, digne d’être pleuré, mourut dans les demeures ; cependant, il supporta ce malheur avec modération, bien que privé d’enfants, ayant déjà des cheveux Admètos Ô murailles des demeures ! Comment entrer ? Comment y habiter, après ce revers de fortune ! Hélas sur moi ! La différence est grande, en effet. Alors, j’entrais, avec les torches Péliennes, au bruit des chants Le Chœur Cette douleur t’est survenue, au milieu de ta fortune heureuse, quand tu n’avais pas encore souffert ; mais tu conserves la vie et l’âme. L’épouse est morte et te laisse son amour ; qu’y a-t-il en cela de Admètos Amis, je pense que la destinée de ma femme est plus heureuse que la mienne, bien que l’on puisse n’en pas juger ainsi. Désormais, en effet, aucune douleur ne l’atteindra, et la voici glorieusement affranchie de bien Le Chœur J’ai été transporté par la Muse aux régions ouraniennes, et j’ai étudié bien des choses, et je n’ai rien trouvé de puissant que la Nécessité, ni les remèdes inscrits Elle est la seule Déesse dont on ne puisse approcher les autels ni les images. Elle ne reçoit point de victimes. Ô vénérable ! ne sois pas plus cruelle pour moi que tu ne l’as été dans ma vie Toi, que cette Déesse a saisi dans les étreintes inévitables de ses mains, reprends courage, car, jamais, en pleurant, tu ne ramèneras au jour les morts qui sont sous terre. Les enfants des Dieux vont aussi dans les ténèbres Que le tombeau de ta femme ne semble point tel que celui des autres morts ; mais qu’il soit honoré à l’égal des Dieux, et vénérable aux voyageurs ! Et celui qui passera sur le chemin dira : — Celle-ci Mais il me semble, Admètos, que voici le fils d’Alkmèna qui s’approche de la demeure. Hèraklès Il faut parler librement à un ami, Admètos, et ne retenir, en se taisant, aucun reproche dans son cœur. Moi qui, présent, assistais à ton malheur, je pensais être traité comme un ami sincère ; Admètos Ce n’est point en te méprisant, ni en te comptant au nombre de mes ennemis, que je t’ai caché la malheureuse destinée de ma femme ; mais c’eût été une douleur ajoutée , à ma Le Chœur Je ne pourrais, assurément, te féliciter de ta fortune présente ; mais, quelque soit le don d’un Dieu, il te faut le subir. Hèraklès Plût aux Dieux que j’eusse une puissance assez grande pour ramener ta femme des Demeures souterraines à la lumière, et te rendre ce service ! Admètos Certes, je sais que tu le voudrais ; mais comment cela se pourrait-il ? Cela ne se peut. Les morts ne reviennent point à la lumière. Hèraklès Ne passe point toute mesure. Supporte ton mal avec modération. Admètos Il est plus facile d’exhorter les autres que de supporter son propre mal. Hèraklès Si tu veux toujours gémir, qu’y gagneras-tu ? Admètos Je sais, mais un charme m’entraîne. Hèraklès Aimer une morte n’amène que des larmes. Admètos Elle me tue, et plus encore que je ne puis dire ! Hèraklès Tu as perdu une femme excellente ; qui le niera ? Admètos Hèraklès Le temps apaisera ton mal ; maintenant il est encore violent. Admètos Le temps ? Tu dis bien, si le temps signifie la mort ! Hèraklès Une autre femme et le désir de nouvelles noces te consoleront. Admètos Tais-toi ! qu’as-tu dit ? Je ne m’attendais pas à cela. Hèraklès Quoi donc ? Tu n’épouseras plus de femme ? ton lit restera vide ? Admètos Nulle femme ne couchera plus avec moi. Hèraklès Espères-tu servir ainsi cette morte ? Admètos Où qu’elle soit, il convient qu’elle soit honorée. Hèraklès Je loue ceci, je le loue ; cependant on t’accusera de démence. Admètos Hèraklès Je te loue, parce que tu es l’ami fidèle de ta femme. Admètos Que je meure, si je la trahis, bien qu’elle ne soit plus ! Hèraklès Reçois maintenant celle-ci dans ta noble demeure. Admètos Non ! Je t’en supplie, par Zeus qui t’a engendré ! Hèraklès Tu seras en faute, si tu ne le fais pas. Admètos Et si je le fais, je serai mordu de douleur au cœur. Hèraklès Consens ! cette grâce, en effet, sera peut-être opportune. Admètos Hélas ! Plût aux Dieux que tu n’eusses jamais conquis celle-ci ! Hèraklès Cependant, tu es victorieux avec moi. Admètos Hèraklès Elle s’en ira, s’il le faut; mais, avant tout, vois s’il le faut. Admètos Il le faut, à moins que tu en sois irrité contre moi. Hèraklès Moi aussi, je sais pourquoi j’insiste autant. Admètos Emporte-le donc ; mais ce que tu fais ne m’est pas agréable. Hèraklès Un temps viendra où tu m’approuveras. Obéis seulement. Admètos Menez-la ! puisqu’il faut la recevoir dans les demeures. Hèraklès Je ne confierai pas cette femme à tes serviteurs. Admètos Introduis-la toi-même, si cela te plaît. Hèraklès Je la remettrai plutôt dans tes mains. Admètos Hèraklès Je la confie à tes seules mains. Admètos Roi ! tu me contrains d’agir contre ma volonté ! Hèraklès Ose tendre la main, et toucher l’Étrangère. Admètos Je tends la main, comme si je voyais la tête de Gorgô ! Hèraklès La tiens-tu ? Admètos Je la tiens. Hèraklès Bien. Garde-la donc, et tu diras que le fils de Zeus est un hôte généreux. Regarde-la, et vois si elle ne ressemble pas à ta femme. Cesse d’être affligé, et sois heureux ! Admètos Ô Dieux ! Que dirai-je ? Ce prodige est inespéré ? Vois-je réellement ma femme, ou n’est-ce qu’une fausse joie qui me vient d’un Dieu qui se joue de moi ? Hèraklès Non ! Tu vois ta femme elle-même. Admètos Hèraklès Tu n’as pas en moi, ton hôte, un évocateur d’âmes. Admètos Est-ce bien ma femme que je vois, celle que j’ensevelissais ? Hèraklès Certes ! Mais je ne m’étonne pas que tu n’aies pas foi en la fortune. Admètos Je la toucherai, je lui parlerai comme à ma femme vivante ? Hèraklès Parle-lui. Tu possèdes, en effet, tout ce que tu désirais. Admètos Ô visage! ô corps de ma très chère femme ! Je te possède contre toute espérance, quand je pensais ne plus te revoir ! Hèraklès Tu la possèdes, mais que les Dieux ne te l’envient plus ! Admètos Hèraklès En combattant le Daimôn maître des morts. Admètos Mais où as-tu engagé le combat avec Thanatos ? Hèraklès Auprès du tombeau même, où je l’ai brusquement saisie de mes mains. Admètos Mais pourquoi Alkèstis reste-t-elle muette ? Hèraklès Il ne t’est pas permis de l’entendre parler avant qu’elle ait été purifiée des Dieux souterrains, et avant le troisième jour. Mais introduis-la dans la demeure, et, toujours juste, continue, Admètos, Admètos Reste avec nous et sois mon hôte. Hèraklès Cela sera une autre fois ; mais, aujourd’hui, il faut que je me hâte. Admètos Sois donc heureux, et reviens ! Que les citoyens et toute la Tétrarkhie célèbrent cet événement par des chœurs, et que les autels fument au milieu des sacrifices et des prières ! Car, maintenant, nous Le Chœur Elles sont nombreuses et diverses les formes des événements suscités par les Daimones ; et les Dieux les accomplissent contre notre espérance. Ce qui semblait devoir arriver n’arrive pas, et un Dieu amène
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Euripide
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