Promenade sentimentale

 Paul Verlaine (1844-1896)
Recueil : Poèmes saturniens (1866) — Paysages tristes

Promenade sentimentale

Le couchant dardait ses rayons suprêmes
Et le vent berçait les nénuphars blêmes;
Les grands nénuphars, entre les roseaux,
Tristement luisaient sur les calmes eaux.
Moi, j’errais tout
seul, promenant ma plaie
Au long de l’étang, parmi la saulaie
Où la brume vague évoquait un grand
Fantôme laiteux se désespérant
Et pleurant avec la voix des sarcelles
Qui se rappelaient
en battant des ailes
Parmi la saulaie où j’errais tout seul
Promenant ma plaie; et l’épais linceul
Des ténèbres vint noyer les suprêmes
Rayons du couchant dans ses ondes blêmes
Et les
nénuphars, parmi les roseaux,
Les grands nénuphars sur les calmes eaux.

 

Paul Verlaine

 

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