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PERSONNAGES Le Chœur des Vieillards
LE CHŒUR DES VIEILLARDS Voici ce qu’on nomme les fidèles, gardiens de ces riches demeures abondantes en or, les autres Perses étant partis pour la terre de Hellas. Le roi Xerxès, né de Daréios, les a choisis lui-même, à Mais déjà notre esprit est grandement troublé dans notre poitrine par de mauvais pressentiments, en songeant au retour du roi et de cette armée éclatante d’or. Certes, toute la vigueur, née dans l’Asia, s’en est allée ; et l’Asia triste regrette sa jeunesse ; et aucun messager, aucun cavalier ne revient dans la ville royale des Perses. Les Souziens, les Ekbataniens, et les habitants de la vieille citadelle de Kissia sont partis, les uns sur des chevaux les autres sur des nefs, et d’autres à pied, épaisse foule guerrière. Tels sont partis Amistrès, et Artaphrénès, et Mégabazès, et Astaspès, chefs des Perses, rois soumis au grand roi, qui commandent les troupes innombrables, habiles archers, illustres cavaliers, à l’aspect Puis, Artembarès qui combat sur son char, et Masistrès, et l’excellent archer Imaios, et Pharandakès, et Sôsthanès, le conducteur de chevaux. Le Néilos grand et fécondant en a envoyé d’autres : Sousiskanès, Pègastagôn l’Aigyptien, et le grand Arsamès chef de la sainte Memphis, et Ariomardos qui gouverne l’antique Thèba, Puis est venue la multitude des Lydiens voluptueux, toute la race qui habite le continent, ceux que commandent Mètragathès et le brave Arcteus, chefs royaux, et que Sardès qui abonde en or envoie sur des chars sans nombre attelés Ceux qui habitent le Tmôlos sacré, Mardôn, Tharybis, et les Mysiens armés de piques, menacent de mettre au cou de Hellas le joug de la servitude. Babylôn riche en or envoie ses peuples confusément mêlés, qui se ruent impétueusement, marins et habiles archers ; et ainsi toute l’Asia, armée de l’épée, marche sous le commandement Telle, la fleur des hommes a quitté la terre Persique ; et toute l’Asia qui les a nourris se lamente dans son regret amer ; et les mères et les épouses, pleines d’angoisses, comptent longuement les jours. Strophe I. Déjà la royale armée, dévastatrice des villes, a passé sur la terre opposée. À l’aide de nefs liées par des cordes, elle a passé le détroit de l’Athamantide Hellè, Antistrophe I. Le chef belliqueux de la populeuse Asia pousse sur tout le pays de Hellas son immense armée, divisée en troupes de terre, en marins, appuyé par des chefs fermes et redoutables, tel qu’un dieu, et issu de la pluie d’or. Strophe II. Ayant l’œil sombre et sanglant du dragon, il pousse devant lui une innombrable multitude de bras et de nefs, et, monté sur son char Syrien, il porte, aux guerriers illustres par la lance Arès, le puissant archer. Antistrophe II. Certes, aucun héros ne soutiendra le choc de cet immense torrent de guerriers et n’arrêtera, à l’aide de barrières assez solides, l’irrésistible assaut de cette mer. Certes, l’armée Épôde. Mais quel mortel peut échapper aux embûches rusées d’un dieu ? Qui peut y échapper en bondissant d’un pied assez léger ? Caressante d’abord, la fortune attire l’homme dans ses rets, et il Strophe III. Depuis longtemps une nécessité inévitable s’est manifestée parmi nous par la volonté des dieux, et c’est elle qui pousse les Perses à l’assaut des murailles, aux mêlées des Antistrophe III. Ils ont appris à regarder la forêt de la mer large qui blanchit sous le souffle véhément de la tempête, confiants dans les câbles légers et les nefs qui transportent la foule des hommes. Strophe C’est pourquoi mon esprit est plein d’épouvante. Hélas ! cette armée des Perses ! Puisse Sousis, la ville royale des Perses, vide de guerriers, ne point entendre ceci ! Antistrophe IV. La ville de Kissia répondrait à ce cri, hélas ! et la foule des femmes le répéterait en déchirant leurs vêtements de lin ! Strophe V. Toute l’armée, cavaliers et hommes de pied, comme un essaim d’abeilles, s’en est allée avec le chef des troupes, traversant la mer, sur ce prolongement commun, de l’une et l’autre terre. Antistrophe Les lits sont trempés des larmes que fait verser le regret des hommes. Les femmes Perses sont en proie à une grande douleur. Chacune, regrettant son mari, reste solitaire, ayant perdu le brave guerrier compagnon de son lit. Allons, ô Perses ! nous qui sommes assis dans ces antiques et vénérables demeures, ayons le grave souci des pensées profondes, car la nécessité nous presse. Quelle est la destinée du roi Xerxès, né de Daréios, qui porte comme nous le nom de celui dont nous sommes tous issus ? Est-ce au jet des flèches que la victoire est restée, ou à la force de la lance ATOSSA. C’est pour cela que je viens ici, quittant mes demeures enrichies d’or et le lit nuptial commun à Daréios et à moi. L’inquiétude trouble mon cœur. Je vous dirai tout, je ne suis point tranquille, LE CHŒUR DES VIEILLARDS. Sache ceci, reine de cette terre : tu n’auras pas à dire deux fois si tu veux que nous parlions ou que nous agissions, autant que nous en aurons le pouvoir. Certes, nous te sommes dévoués, nous que tu nommes tes conseillers. ATOSSA. J’ai coutume, à la vérité, d’être agitée par de nombreux songes nocturnes, depuis que mon enfant est parti conduisant son armée dans la terre des Iaônes, plein du désir de la dévaster Deux femmes richement vêtues me sont apparues. L’une portait la robe des Perses, l’autre celle des Dôriens, Elles étaient plus irréprochables par la majesté de leurs corps et beaucoup plus belles que les Certes, voilà ce que j’ai vu cette nuit. Ayant quitté mon lit, je lavai mes mains dans une eau pure, et je m’approchai de l’autel pour y sacrifier, et j’offris le gâteau de fleur de farine aux daimones LE CHŒUR DES VIEILLARDS. Nous ne voulons, mère, ni t’inquiéter par nos paroles, ni te rassurer. Prie les dieux. Si tu as vu quelque chose de sinistre, supplie-les de le détourner de toi, et qu’ils accomplissent tout ce qu’il y a d’heureux ATOSSA. Le premier tu as interprété mes songes avec bienveillance pour mon fils et pour ma maison. Que tout arrive pour le mieux ! Certes, Je le veux, et dès que je serai rentrée dans la demeure, je ferai, comme tu me le conseilles, LE CHŒUR DES VIEILLARDS. ATOSSA. Et mon fils était plein du désir de prendre cette ville ? LE CHŒUR DES VIEILLARDS. Certes, car toute la terre de Hellas serait soumise au roi. ATOSSA. Sans doute ce peuple abonde en guerriers ? LE CHŒUR DES VIEILLARDS. C’est une armée qui a déjà causé des maux sans nombre aux Mèdes. ATOSSA. Et que possèdent-ils encore ? Ont-ils d’assez grandes richesses ? LE CHŒUR DES VIEILLARDS. Ils ont une source d’argent, trésor de la terre. ATOSSA. Est-ce la pointe des flèches et l’arc qui brillent dans leurs mains ? LE CHŒUR DES VIEILLARDS. ATOSSA. Quel chef les mène et commande l’armée ? LE CHŒUR DES VIEILLARDS. Ils ne sont esclaves d’aucun homme et n’obéissent à personne. ATOSSA. Comment donc soutiendraient-ils ennemis ? LE CHŒUR DES VIEILLARDS. C’est ainsi qu’ils ont détruit la grande et magnifique armée de Daréios. ATOSSA. Tu rappelles des souvenirs terribles dont les parents de ceux qui sont partis doivent être tourmentés. LE CHŒUR DES VIEILLARDS. LE MESSAGER. Ô villes de toute la terre d’Asia ! ô Perse, large port de richesses ! D’un seul coup cette grande prospérité a péri, et la fleur des Perses a été tranchée ! ô malheureux ! ô LE CHŒUR DES VIEILLARDS. Strophe I. Ô calamités affreuses, inattendues, lamentables ! Hélas, hélas ! pleurez, Perses, en apprenant cette défaite ! LE MESSAGER. Certes, tout, tout est détruit ! Moi-même je vois le jour du retour contre tout espoir. LE CHŒUR DES VIEILLARDS. Antistrophe I. Une longue vie ne nous a été accordée, à nous qui sommes vieux, que pour apprendre ce désastre inattendu ! LE MESSAGER. Certes, j’étais là. Ce n’est point sur le récit des autres, ô Perses, que je vous dirai les maux qui nous ont accablés. LE CHŒUR DES VIEILLARDS. Strophe II. Hélas ! hélas ! hélas ! En vain les innombrables armes de tant de peuples se sont ruées de la terre d’Asia sur le pays de Hellas ! LE MESSAGER. Les rivages de Salamis et de toutes les contrées voisines sont pleins de morts misérablement tués ! LE CHŒUR DES VIEILLARDS. Antistrophe II. Hélas ! hélas ! hélas ! Les corps de nos amis roulent tout sanglants dans les flots, au milieu des nefs fracassées qui surnagent ! LE MESSAGER. Nos arcs ne nous ont point aidés. Toute l’armée a péri, écrasée par le choc des nefs. LE CHŒUR DES VIEILLARDS. Strophe III. Poussons la clameur lamentable et lugubre sur les malheureux Perses ! Ils ont été vaincus, hélas ! L’armée est détruite ! LE MESSAGER. Ô nom de Salamis, très amer à entendre ! Hélas ! combien je gémis au souvenir d’Athèna ! LE CHŒUR DES VIEILLARDS. Antistrophe III. Les Athènaiens sont terribles à leurs ennemis. D’innombrables femmes Perses se souviendront qu’ils les ont faites veuves et sans enfants ! ATOSSA. Malheureuse ! je reste muette, accablée de ces maux ; car cette calamité est telle que je ne puis ni parler, ni m’inquiéter du désastre. Cependant, il faut bien que les hommes subissent les maux que leur envoient LE MESSAGER. Xerxès vit et voit la lumière. ATOSSA. Tu apportes une lumière dans ma demeure, un jour éclatant dans une nuit noire ! LE MESSAGER. Artembarès, le chef des innombrables cavaliers a été frappé sur les âpres côtes Silèniennes, et le khiliarque Dadacès, percé d’un coup de lance, a été précipité ATOSSA. Hélas ! j’apprends d’irréparables maux, opprobre des Perses et cause d’amères lamentations. Mais, reprenant ton récit, dis-moi quel nombre de nefs avaient les Hellènes, pour avoir osé s’attaquer LE MESSAGER. Certes, quant au nombre, sache que les barbares étaient très supérieurs en nefs. En tout les Hellènes en avaient dix fois trente, sauf dix en réserve. Je sais que Xerxès commandait à mille nefs, plus ATOSSA. Les dieux ont protégé la ville de la déesse Pallas. LE MESSAGER. La ville d’Athèna est inexpugnable. Ses guerriers lui sont un ferme rempart. ATOSSA. Mais dis-nous le premier choc des nefs. Les Hellènes ont-ils commencé le combat, ou est-ce mon fils, orgueilleux du nombre de ses nefs ? LE MESSAGER. Ô reine, un daimôn mauvais et vengeur a causé le premier tout le mal. Un Hellène, de l’armée des Athènaiens vint et dit à ton fils Xerxès que, dès les ombres de la nuit noire, les ATOSSA. Hélas ! une mer immense de maux s’est ruée sur les Perses et sur toute la race des barbares ! LE MESSAGER. Certes, sache-le maintenant, je n’ai pas encore dit la moitié de nos maux. Une autre calamité deux fois plus lourde que celles que j’ai dites est tombée sur les Perses. ATOSSA. Quel malheur plus funeste est-il donc arrivé ? Dis quelle est cette calamité dont tu parles et qui a frappé l’armée de maux encore plus terribles. LE MESSAGER. Tous ceux d’entre les Perses qui étaient les plus forts, les plus braves, les mieux nés, les plus fidèles au roi, ont misérablement subi une mort sans gloire. ATOSSA. Ô malheureuse ! ô triste destinée pour moi, amis ! De quelle mort ont-ils péri ? LE MESSAGER. Il y a une île auprès des côtes de Salamis, petite, inabordable aux nefs que Pan, qui aime les danses, hante sur les bords de la mer. Xerxès les avait envoyés là afin que les ennemis, chassés de leurs ATOSSA. Ô funeste daimôn, combien tu as trompé l’espérance des Perses ! Mon fils doit à l’illustre Athèna une amère défaite. Il n’a pas suffi des barbares que Marathôn a autrefois LE MESSAGER. Les chefs des nefs encore sauves prirent confusément la fuite à l’aide du vent. Ce qui survivait de l’armée a péri sur la terre des Boiôtiens, les uns cherchant en vain l’eau des sources et souffrant LE CHŒUR DES VIEILLARDS. Ô daimôn très funeste, combien tu as écrasé outrageusement sous tes pieds toute la race des Perses ! ATOSSA. Ô malheureuse que je suis ! l’armée est détruite ! Ô apparition de mes songes nocturnes, tu m’as clairement annoncé ces maux ! Mais vous, vous avez été de mauvais divinateurs ! Cependant, LE CHŒUR DES VIEILLARDS. Ô roi Zeus ! par la destruction de l’innombrable et orgueilleuse armée des Perses, tu as couvert de deuil les villes des Sousiens et des Ekbataniens. De nombreuses femmes, de leurs mains délicates, déchirent leurs voiles, et elles baignent leurs seins d’un flot de larmes. Les femmes Perses gémissent, et, dans leurs regrets et leur douleur sans fin, elles pleurent ceux à qui les unissaient des noces récentes, et les lits couverts de molles draperies, et toutes les voluptés de la jeunesse Strophe I. Maintenant, toute l’Asia dépeuplée gémit ! Xerxès les a tous emmenés, hélas ! Xerxès les a tous perdus, hélas ! Xerxès a tout livré malheureusement aux nefs maritimes ! Pourquoi Daréios, le cher prince de Sousis, n’a-t-il point commandé en paix à ses peuples ! Antistrophe I. Les nefs noires aux ailes rapides ont également porté les hommes de pied et les troupes de mer, hélas ! Et les nefs les ont perdus, hélas ! Certes, les nefs, en se heurtant ! Et le roi lui-même s’est échappé Strophe II. Et ceux qui les premiers ont subi leur destinée, hélas ! qui, abandonnés à la fatalité, hélas ! ont été engloutis autour de Kykhréia ! Gémissons, lamentons-nous, poussons de violentes et hautes clameurs, de lamentables clameurs de deuil ! Antistrophe II. Roulés par la mer terrible, hélas ! mangés, déchirés, hélas ! par les muets de l’incorruptible, hélas ! La maison veuve pleure son maître, les pères n’ont plus d’enfants Strophe III. Les nations de l’Asia ne vivront plus longtemps sous les lois des Perses. Contraintes par la nécessité, elles ne payeront plus les tributs de la servitude, et elles n’obéiront plus en se prosternant. La puissance Antistrophe III. La langue des hommes ne sera plus enchaînée. Le peuple est affranchi, et il peut parler librement, puisque le joug de la force est brisé ! L’île d’Aias, entourée des flots et souillée de sang, a englouti la puissance des Perses ! ATOSSA. Amis, quiconque a souffert n’ignore pas ceci : Quand le flot de l’adversité s’est rué sur les hommes, ils ont coutume de s’épouvanter de tout ; quand ils ont une heureuse fortune, ils sont certains que LE CHŒUR DES VIEILLARDS. Ô reine, femme vénérable aux Perses, envoie tes libations sous la terre. Nous, nous prierons en chantant des hymnes pour que les maîtres souterrains des morts nous soient favorables. Ô vous, sacrés daimônes souterrains, Gaia, Hermès, et toi, roi des morts, envoyez d’en bas l’âme de Daréios à la lumière ! Si, en effet, nous devons subir encore d’autres maux, Strophe I. Le bienheureux, le roi égal aux dieux, m’entend-il pousser en langue barbare mille cris divers, amers, lamentables ? Je crie vers lui mes plaintes lugubres. M’entend-il d’en bas ? Antistrophe I. Et toi, Gaia ! et vous, maîtres des morts, ô daimônes ! Laissez l’âme illustre du dieu des Perses, né dans Sousis, sortir de vos demeures. Envoyez en haut celui dont la terre Persique n’a jamais contenu Strophe II. Ô cher homme ! ô cher tombeau ! car ce qu’il contient nous est cher. Aidôneus ! ramène-le, envoie-le en haut ! Aidôneus ! envoie-nous Daréios, un tel roi ! hélas ! Antistrophe II. Certes, jamais il ne fit périr nos guerriers en des guerres désastreuses. Les Perses le disaient sage comme un dieu, et il était en effet sage comme un dieu, car il conduisait heureusement l’armée, hélas ! Strophe III. Ô roi, vieux roi, viens, apparais sur le faîte de ce tombeau, soulevant la sandale pourprée de ton pied et montrant la splendeur de la tiare royale. Viens, ô père, ô excellent Daréios ! hélas ! Antistrophe III. Apparais-nous, afin d’apprendre des calamités nouvelles, inattendues, ô maître de notre maître ! Une nuée Stygienne nous a enveloppés, et voici que toute notre jeunesse a péri. Viens, ô père, Épôde. Malheur ! malheur ! Ô toi qui es mort tant pleuré par ceux qui t’aimaient, ô roi, ô roi, pourquoi cela ? Pourquoi ce double désastre sur ton royaume, sur ton royaume tout entier ? Les nefs à trois rangs LE SPECTRE DE DARÉIOS. Ô fidèles entre les fidèles, qui êtes du même âge que moi, ô vieillards Perses, de quel malheur la ville est-elle affligée ? Le sol a été secoué, il a gémi, il s’est LE CHŒUR DES VIEILLARDS. Je crains de te regarder, je crains de te parler, plein de l’antique vénération que j’avais pour toi. LE SPECTRE DE DARÉIOS. Puisque je suis venu du Hadès, appelé par tes lamentations, ne parle point longuement, mais brièvement. Dis, et oublie ton respect pour moi. LE CHŒUR DES VIEILLARDS. LE SPECTRE DE DARÉIOS. Puisque votre antique respect pour moi trouble votre esprit, toi, vénérable compagne de mon lit, noble femme, cesse tes pleurs et tes lamentations, et parle-moi clairement. La destinée des hommes est de souffrir, et d’innombrables ATOSSA. Ô toi qui as surpassé par ton heureuse fortune la félicité de tous les hommes ! Tandis que tu voyais la lumière de Hèlios, envié des Perses, tu as vécu prospère et semblable à un LE SPECTRE DE DARÉIOS. De quelle façon ? Est-ce la peste ou la guerre intestine qui s’est abattue sur le royaume ? ATOSSA. Non. Toute l’armée a été détruite auprès d’Athèna. LE SPECTRE DE DARÉIOS. ATOSSA. Le violent Xerxès. Il a dépeuplé tout le vaste continent de l’Asia. LE SPECTRE DE DARÉIOS. Est-ce avec une armée de terre ou de mer que le malheureux a tenté cette expédition très insensée ? ATOSSA. Avec les deux. L’armée avait une double face. LE SPECTRE DE DARÉIOS. Et comment une nombreuse armée de terre a-t-elle passé la mer ? ATOSSA. On a réuni par un pont les deux bords du détroit de Hellè, afin de passer. LE SPECTRE DE DARÉIOS. Il a fait cela ? Il a fermé le grand Bosphoros ? ATOSSA. Certes, mais un dieu l’y a sans doute aidé. LE SPECTRE DE DARÉIOS. ATOSSA. On peut voir maintenant quelle ruine il lui préparait ! LE SPECTRE DE DARÉIOS. De quelle calamité ont-ils été frappés, que vous gémissiez ainsi ? ATOSSA. L’armée navale vaincue, l’armée de terre a péri. LE SPECTRE DE DARÉIOS. Ainsi, toute l’armée a été détruite en combattant ? ATOSSA. Certes, toute la ville des Sousiens gémit d’être vide d’hommes. LE SPECTRE DE DARÉIOS. Hélas ! une si grande armée ! Vains secours ! ATOSSA. Toute la race des Baktriens a péri, et pas un n’était vieux ! LE SPECTRE DE DARÉIOS. ATOSSA. On dit que le seul Xerxès, abandonné des siens et presque sans compagnons… LE SPECTRE DE DARÉIOS. Comment ? Où a-t-il péri ? Est-il sauvé ? ATOSSA. À pu atteindre le pont jeté entre les deux continents. LE SPECTRE DE DARÉIOS. Est-il revenu sain et sauf sur cette terre ? Cela est-il certain ? ATOSSA. Oui, cela est certain ; il n’y a aucun doute. LE SPECTRE DE DARÉIOS. Hélas ! L’événement a promptement suivi les oracles, et Zeus, sur mon fils, vient d’accomplir les divinations ! Certes, j’espérais que les dieux en retarderaient encore longtemps l’accomplissement ATOSSA. Le violent Xerxès a fait cela, conseillé par de mauvais hommes. Ils lui ont dit que tu avais conquis par l’épée de grandes richesses à tes enfants, tandis que lui, par lâcheté, ne combattait que LE SPECTRE DE DARÉIOS. Ainsi c’est par eux que s’est accompli ce suprême désastre, mémorable à jamais ! La ville des Sousiens n’a point été dépeuplée par une telle calamité depuis que Zeus LE CHŒUR DES VIEILLARDS. Ô roi Daréios, où tendent donc tes paroles ? Comment, après ces malheurs, nous, peuple Persique, jouirons-nous d’une fortune meilleure ? LE SPECTRE DE DARÉIOS. Si vous ne portez jamais la guerre dans le pays des Hellènes, les armées Médiques fussent-elles plus nombreuses, car la terre même leur vient en aide. LE CHŒUR DES VIEILLARDS. Que dis-tu ? Comment leur vient-elle en aide ? LE SPECTRE DE DARÉIOS. En tuant par la faim les innombrables armées. LE CHŒUR DES VIEILLARDS. Mais nous enverrions une armée excellente et bien munie. LE SPECTRE DE DARÉIOS. Maintenant, celle même qui est restée en Hellas ne reviendra plus dans la patrie ! LE CHŒUR DES VIEILLARDS. Que dis-tu ? Toute l’armée des Barbares n’est-elle pas revenue de l’Eurôpè en traversant le détroit de Hellè ? LE SPECTRE DE DARÉIOS. Peu, de tant de guerriers, s’il faut en juger par les oracles des dieux et par ce qui est fait, car l’accomplissement d’un oracle est suivi par celui d’un autre. Aveuglé par une espérance vaine, Xerxès LE CHŒUR DES VIEILLARDS. J’apprends, à ma grande douleur, que les barbares, outre les maux présents, subiront encore d’autres calamités dans l’avenir. ATOSSA. Ô daimon ! que d’innombrables et terribles douleurs se ruent sur moi ! Mais ce qui m’est le plus amer c’est d’apprendre que mon fils est couvert de vêtements honteux. Certes, je rentrerai, et, prenant de beaux LE CHŒUR DES VIEILLARDS. Strophe I. Certes, ô dieux ! nous menions une vie grande et heureuse et sagement gouvernée, quand le roi égal aux dieux, Daréios, vénérable, doux, invincible, suffisant à tout, commandait au royaume ! Antistrophe I. Avant tout, nous étions illustres par notre glorieuse armée, et de fermes lois réglaient toutes choses. Puis, nos troupes, sans avoir subi de défaites, toujours victorieuses, revenaient heureusement dans nos demeures. Strophe II. Que de villes il a prises, sans même avoir traversé le fleuve Halys, sans avoir quitté sa demeure ! Telles les villes de la mer Strymonnienne, aux frontières Thrakiennes ; Antistrophe II. Et celles qui, loin de la mer, étaient entourées de murailles, obéissaient au roi, et les villes orgueilleuses du large détroit de Hellè, et la sinueuse Propontis, et les bouches du Pontos ; Strophe III. Et, le long du continent prolongé, les îles entourées des flots, voisines des côtes, Lesbos, Samos qui abonde en olives, Khios, Paros, Naxos, Mykonos, et Andros qui touche à Tènos ; Antistrophe III. Et les îles de la haute mer, Lemnos, terre d’Ikaros, Rhodos, Knidos, et les villes Kypriennes, Paphos, Solos et Salamis, dont la métropole est cause de nos gémissements. Épôde. Et il conquit aussi par sa prudence les riches villes des Iaônes, peuplées des Hellènes, car il possédait la force invincible d’alliés de toute race et bien armés. Et voici maintenant que les dieux ayant XERXÈS. Hélas, malheureux ! comment ai-je été accablé de cette calamité lamentable et inattendue ! oh ! que la fortune afflige amèrement la race des Perses ! Ah ! malheureux ! que faire ? La vigueur de mes genoux LE CHŒUR DES VIEILLARDS. Hélas, hélas ! ô roi, voici qu’un dieu a moissonné cette brave armée, gloire des hommes, honneur de la Perse ! La terre pleure cette jeunesse tuée par Xerxès, lui qui a empli le Hadès de XERXÈS. Hélas, hélas ! ma brave armée ! LE CHŒUR DES VIEILLARDS. Toute l’Asia, ô roi de cette terre, tombe misérablement sur ses genoux ! XERXÈS. Strophe I. Moi, hélas, hélas ! funeste, lamentable pour ma race, je suis né pour la ruine de la terre de la patrie ! LE CHŒUR DES VIEILLARDS. XERXÈS. Antistrophe I. Poussez des cris discordants, lugubres, lamentables ! un dieu s’est tourné contre moi ! LE CHŒUR DES VIEILLARDS. Certes, je pousserai des cris lamentables, je pleurerai amèrement les terribles calamités du peuple, souffertes sur la mer, et la jeunesse du royaume gémissant ! Je crierai, je pleurerai, je gémirai ! XERXÈS. Strophe II. Arès nous a ravi la victoire ; il a fait triompher la flotte des Iaônes, il a fauché la sombre mer et le fatal rivage ! Hélas, hélas ! criez, redemandez-moi tout ! LE CHŒUR DES VIEILLARDS. Où as-tu laissé la multitude de tes amis, ceux qui se tenaient debout à ton côté : Pharandakès, Souzas, Pélagôn, Dotamas et Agdabatas, Psammis, Sousiskanès qui partit d’Ekbatân XERXÈS. Antistrophe II. Je les ai laissés morts, précipités de leur nef Tyrienne sur les rivages de Salamis, sur les âpres côtes. LE CHŒUR DES VIEILLARDS. Hélas, hélas ! où sont Pharnoukhos et le brave Ariomardos, et le prince Seualkès, et le noble Lilaios, Memphis, Tharybis, Masistrès, Artembarès et Hystaikhmas ? Dis-moi où ils sont. XERXÈS. Strophe III. Hélas, hélas ! En face de l’antique et odieuse Athèna, tous, les malheureux ! ont été jetés palpitants contre terre. LE CHŒUR DES VIEILLARDS. Et lui, cet œil fidèle qui comptait pour toi les innombrables Perses, le fils de Batanôkhos, fils de Sésamès, fils de Mygabatès, Alpistès ? Et Parthos, et le grand Oibarès, où les as-tu XERXÈS. Antistrophe III. Tu excites mon amer regret de mes braves amis, tu les renouvelles en rappelant ces malheurs terribles. Mon cœur pousse des cris du fond de ma poitrine ! LE CHŒUR DES VIEILLARDS. Et le Myriontarque Xanthès, chef des Mardes, et le brave Ankharès, et Diaixis, et Arsakès, chefs des cavaliers, et Kèdadatès, et Lythymnès, et Tolmos, insatiable de combats ? Ils ont été ensevelis, XERXÈS. Strophe IV. Ils sont morts ceux qui étaient les chefs de l’armée ! LE CHŒUR DES VIEILLARDS. Ils sont morts sans être honorés, hélas ! malheur ! ô malheur ! ô daimones, vous nous avez accablés d’un mal inattendu et terrible, fait pour les regards d’Atè ! XERXÈS. Antistrophe IV. Nous avons été frappés d’un coup tel que nous n’en recevrons de notre vie ! LE CHŒUR DES VIEILLARDS. Nous avons été frappés, cela est certain ! Calamité inattendue, inouïe ! Nous nous sommes heurtés pour notre malheur à la flotte des Iaônes ! Cette guerre a été funeste à la XERXÈS. Strophe V. Certes ! Et j’ai été vaincu avec une telle armée ! LE CHŒUR DES VIEILLARDS. Quoi ! le grand royaume des Perses est-il donc détruit ? XERXÈS. Ne vois-tu pas ce qui me reste de ma puissance ? LE CHŒUR DES VIEILLARDS. Je vois, je vois ! XERXÈS. Ce carquois… LE CHŒUR DES VIEILLARDS. C’est ce que tu as sauvé, dis-tu ? XERXÈS. Oui ! cette gaîne de mes flèches. LE CHŒUR DES VIEILLARDS. C’est peu sur tant de pertes ! XERXÈS. Nous n’avons plus de défenseurs ! LE CHŒUR DES VIEILLARDS. XERXÈS. Antistrophe V. Elle est très vaillante. J’ai subi une défaite inattendue. LE CHŒUR DES VIEILLARDS. Et tu dis que notre flotte a pris la fuite ? XERXÈS. À cause de ce malheur j’ai déchiré mes vêtements. LE CHŒUR DES VIEILLARDS. Hélas ! hélas ! XERXÈS. Plus qu’hélas ! Gémis plus encore ! LE CHŒUR DES VIEILLARDS. Nos maux sont doubles et triples ! XERXÈS. Lamentables pour nous, ils font la joie de nos ennemis. LE CHŒUR DES VIEILLARDS. XERXÈS. Je n’ai plus de compagnons ! LE CHŒUR DES VIEILLARDS. Tes amis sont engloutis dans la mer ! XERXÈS. Strophe VI. Pleure ! pleure ma défaite ! Rentre dans ta demeure. LE CHŒUR DES VIEILLARDS. Hélas, hélas ! cette défaite ! XERXÈS. Crie ! réponds à mes cris ! LE CHŒUR DES VIEILLARDS. Misérable consolation de leurs maux pour des malheureux ! XERXÈS. Mêle ton chant lugubre au mien. LE CHŒUR DES VIEILLARDS. Hélas, hélas ! Cette calamité terrible ! Hélas ! je gémis amèrement. XERXÈS. Antistrophe VI. Frappe, frappe-toi ! gémis sur mes maux ! LE CHŒUR DES VIEILLARDS. Je pleure lamentablement. XERXÈS. Crie ! réponds à mes cris ! LE CHŒUR DES VIEILLARDS. Je le fais, ô maître ! XERXÈS. Pousse de hautes lamentations. LE CHŒUR DES VIEILLARDS. Hélas, hélas ! je multiplie les noires meurtrissures. XERXÈS. Strophe VII. Frappe ta poitrine ! chante l’hymne Mysien. LE CHŒUR DES VIEILLARDS. XERXÈS. Arrache les poils blancs de ta barbe. LE CHŒUR DES VIEILLARDS. À pleine main ! très lamentablement ! XERXÈS. Pousse de hautes clameurs. LE CHŒUR DES VIEILLARDS. C’est ce que je ferai. XERXÈS. Antistrophe VII. Déchire avec tes ongles les plis de tes vêtements. LE CHŒUR DES VIEILLARDS. Douleur, douleur ! XERXÈS. Arrache tes cheveux ! pleure sur l’armée ! LE CHŒUR DES VIEILLARDS. À pleine main ! très lamentablement ! XERXÈS. Baigne tes yeux de larmes. LE CHŒUR DES VIEILLARDS. J’en suis baigné. XERXÈS. Épôde. Crie donc ! réponds à mes cris. LE CHŒUR DES VIEILLARDS. Hélas ! hélas ! hélas ! hélas ! XERXÈS. Rentre dans ta demeure en te lamentant. LE CHŒUR DES VIEILLARDS. Hélas ! hélas ! ô malheureuse terre Persique ! XERXÈS. Hélas ! dans toute la ville ! LE CHŒUR DES VIEILLARDS. Certes, hélas ! toujours, toujours ! XERXÈS. Lamentez-vous en marchant lentement. LE CHŒUR DES VIEILLARDS. Hélas ! hélas ! Ô malheureuse terre Persique ! XERXÈS. Hélas ! hélas ! hélas ! mes nefs à trois rangs d’avirons ! hélas ! hélas ! hélas ! mes nefs sont perdues ! LE CHŒUR DES VIEILLARDS. Je te suis en poussant des gémissements lugubres !
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Eschyle
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