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PERSONNAGES Le Chœur des Danaïdes Le Chœur des Danaïdes Que Zeus, Dieu des suppliants, nous regarde avec bienveillance, apportées ici, sur nos nefs, des embouchures sablonneuses du Néilos ! Ayant laissé la terre divine qui confine à la Syria, nous avons fui, non pour un meurtre Dans quelle terre plus propice que celle-ci serions-nous arrivées, ayant à la main ces rameaux des suppliants, enveloppés de bandelettes de laine ? Ô vous, ville, terre, blanches eaux ! Vous, Dieux des hauteurs, et vous, Maintenant, nous invoquons, à travers les mers, le fils de Zeus, notre vengeur, conçu au contact, au souffle de Zeus, par la vache, notre aïeule, qui paissait les fleurs, celui qui, à l’heure de l’enfantement, L’invoquant aujourd’hui dans les pâturages herbeux de notre mère antique, nous rappellerons nos malheurs anciens. Et nous donnerons des preuves certaines de notre origine, et nos paroles seront vraies, quelque étranges S’il est ici un habitant de cette terre, observateur des oiseaux, quand il entendra ma plainte lamentable, il croira entendre la voix de la femme malheureuse du perfide Tèreus, du rossignol poursuivi par le faucon. Chassée des lieux et des fleuves accoutumés, elle gémit sans trêve, se souvenant de la mort de son fils qui périt, s’offrant à la colère et tombant sous la main de sa misérable mère. Et moi aussi je recherche les modes Iaoniens, et je déchire cette joue délicate cueillie sur les bords du Néilos, et ce sein abreuvé de larmes ; et je nourris les fleurs du deuil, songeant aux amis de celle qui a fui la Dieux générateurs, si vous protégez l’équité, entendez-moi ! Ne laissez pas s’accomplir ce qui est contre la justice. Soyez les ennemis de la violence, et condamnez-la avant ces noces. Après le Puisse la volonté de Zeus nous être vraiment bienveillante ! Elle n’est pas facile à connaître. Elle brille pourtant dans l’obscurité, malgré la noire destinée des races mortelles. La destinée se précipite et frappe sûrement, dès qu’elle a été décrétée dans la tête de Zeus ; mais les voies de la Pensée divine, impénétrables aux yeux, Du haut de leurs tours il précipite les Vivants dans la ruine, et toute force est vaine contre les Daimones. Assise au faîte des demeures sacrées, la Pensée divine accomplit toute sa volonté. Puisse-t-elle regarder l’insolence des hommes et cette race d’Aigyptos, furieuse et toujours harcelée, à cause de mes noces, par l’inévitable aiguillon du désir et qui maintenant sait enfin sa défaite Telles sont mes calamités lamentables, mes larmes amères et cruelles. Hélas ! hélas ! vivante, je me pleure en paroles lugubres. Je t’implore, ô terre d’Apis ! Comprends, hélas ! ma voix étrangère. Ils vouent des offrandes aux Dieux, ceux qui, sauvés par une heureuse destinée, n’ont plus l’épouvante de la mort. Hélas ! hélas ! hélas ! il est difficile de pénétrer ce qui nous Certes, l’aviron et cette demeure aux voiles de lin qui abritait ma faiblesse contre la mer m’ont conduite ici, à l’aide des vents, sans avoir subi de tempête. En ceci je n’accuse personne. Mais que le Père Que la chaste fille de Zeus me regarde d’un œil pur et tranquille, moi qui la supplie ! Vierge, qu’elle défende des vierges contre la persécution et la violence, et que, noble race d’une mère vénérable, Mais si nous sommes méprisées des Dieux Olympiens, nous irons, tuées par la corde, avec des rameaux suppliants, vers la sombre race souterraine frappée par Zeus, vers le Zeus des Morts, qui est hospitalier pour tous. Ah Certes, Zeus entendrait d’amers reproches, si, méprisant le fils de la Vache, celui qu’il engendra lui-même autrefois, il détournait sa face de nos prières. Mais, invoqué par nous, qu’il nous entende Danaos Enfants, il vous faut être prudentes. Vous êtes venues à travers les flots, conduites sagement par votre vieux père. Maintenant que vous êtes à terre, agissez avec prévoyance et gardez mes paroles dans Je vois une poussière, messagère muette d’une multitude. Les moyeux des roues crient en tournant autour des essieux. Je vois une foule armée de boucliers et agitant des lances, et des chevaux et des chars arrondis. Sans Le Chœur des Danaïdes Père, tu parles avec prudence à des esprits prudents. Nous garderons tes sages conseils et nous nous en souviendrons. Que notre Père Zeus veille sur nous ! Danaos Ne tarde donc pas, hâte-toi d’agir. Le Chœur des Danaïdes Déjà je voudrais être assise là-haut près de toi. Danaos Ô Zeus ! aie pitié de nous, qui sommes accablés de maux ! Le Chœur des Danaïdes Qu’il nous regarde d’un œil bienveillant ! S’il le veut, tout finira heureusement. Danaos Maintenant, invoquez cet Oiseau de Zeus. Le Chœur des Danaïdes Nous invoquons les rayons sauveurs de Hèlios, le divin Apollôn, le Dieu autrefois exilé de l’Ouranos. Lui qui a connu des maux semblables, qu’il ait pitié des vivants ! Danaos Qu’il ait pitié de nous, qu’il nous secoure avec bienveillance ! Le Chœur des Danaïdes Quel autre de ces Daimones invoquerai-je aussi ? Danaos Je vois le Trident, signe du Dieu. Le Chœur des Danaïdes Il nous a heureusement menées ici, qu’il nous soit propice sur terre ! Danaos Celui-ci est Hermès, selon la coutume des Hellènes. Le Chœur des Danaïdes Puisse t-il nous annoncer que nous sommes délivrées du mal ! Danaos Vénérez l’autel commun de tous ces immortels. Dans ce lieu sacré, asseyez-vous comme une troupe de colombes épouvantées par ces faucons, ces ennemis, vos parents, qui souillent leur race. Un oiseau qui se Le Roi Pélasgos De quel pays êtes-vous, qui n’êtes point vêtues à la manière Hellénienne, mais qui portez des robes et des voiles barbares ? En effet, ce vêtement n’est ni d’Argos, ni d’aucune Le Chœur des Danaïdes Tu as dit vrai sur nos vêtements ; mais à qui parlé-je maintenant ? Est-ce à un simple citoyen, à un porte-baguette, gardien des temples, ou au chef de la ville ? Le Roi Pélasgos Réponds à ce que j’ai dit et parle avec confiance. Je suis fils de Palaikhthôn, issu de cette terre, Pélasgos, prince de ce pays ; et cette terre est habitée par la race des Pélasges, du nom de leur Le Chœur des Danaïdes Mes paroles seront claires et brèves. Nous nous glorifions d’être de race argienne, nous sommes issues de la Vache à l’irréprochable postérité, et je prouverai la vérité de tout ceci. Le Roi Pélasgos Ce que vous me dites est incroyable, Étrangères. Votre race est issue d’Argos ? Vous êtes pourtant plus semblables à des Libyennes qu’aux femmes de ce pays. Le Néilos a nourri seul une telle famille, Le Chœur des Danaïdes On dit qu’autrefois naquit, dans cette terre argienne, la gardienne du seuil de Hèra, Iô, dont la renommée est grande. Le Roi Pélasgos Le Chœur des Danaïdes Hèra ne connut point d’abord cet amour clandestin. Le Roi Pélasgos Quelle fut la fin de cette dissension royale ? Le Chœur des Danaïdes La Déesse Argienne changea la femme en vache. Le Roi Pélasgos Zeus s’approcha donc de la femme cornue ? Le Chœur des Danaïdes On dit que, pour la féconder, il prit la forme d’un taureau. Le Roi Pélasgos Que fit alors l’Épouse puissante de Zeus ? Le Chœur des Danaïdes Elle donna à la Vache un gardien qui voyait toutes choses. Le Roi Pélasgos Le Chœur des Danaïdes Argos, fils de Gaia, que tua Hermès. Le Roi Pélasgos Que fit encore Hèra à la Vache malheureuse ? Le Chœur des Danaïdes Elle lui infligea le moucheron qui pique et rend furieux les bœufs, et que les habitants du Néilos nomment taon. Le Roi Pélasgos Puis elle la chassa en longues courses loin de cette terre. Le Chœur des Danaïdes Certes, tu as dit tout ce que j’allais dire. Le Roi Pélasgos Puis elle parvint à Kanôbos et à Memphis. Le Chœur des Danaïdes Et Zeus, la touchant de la main, engendra un fils. Le Roi Pélasgos Le Chœur des Danaïdes Il fut nommé Épaphos et fut le salut de celle-ci. Le Roi Pélasgos […vers perdu…] Le Chœur des Danaïdes Libyè. Une grande terre porte son nom. Le Roi Pélasgos Et quel fils eut-elle ? Le Chœur des Danaïdes Le seul Bèlos, qui eut deux fils, dont l’un est mon père. Le Roi Pélasgos Dis-moi le nom de cet homme très sage. Le Chœur des Danaïdes Danaos, et son frère eut cinquante fils. Le Roi Pélasgos Le Chœur des Danaïdes Aigyptos. Maintenant que tu n’ignores plus ma race antique, protége et sauve une famille argienne. Le Roi Pélasgos Certes, vous me semblez, comme nous, issues anciennement de cette terre ; mais comment avez-vous osé quitter les demeures paternelles ? Quelle destinée soudaine vous a poursuivies ? Le Chœur des Danaïdes Roi des Pélasges, les maux des hommes sont divers, et le malheur n’a pas toujours le même vol. Car eût-on jamais prévu notre fuite inattendue vers cette terre d’Argos à laquelle nous lie une antique origine, Le Roi Pélasgos Et que demandez-vous à ces Dieux qui président les Jeux, tandis que vous tenez en mains ces rameaux récemment coupés et enveloppés de laine ? Le Chœur des Danaïdes De ne pas être les esclaves des fils d’Aigyptos. Le Roi Pélasgos Le Chœur des Danaïdes Qui voudrait payer afin d’avoir ses parents pour maîtres ? Le Roi Pélasgos Cependant, c’est ainsi que les vivants augmentent leurs richesses. Le Chœur des Danaïdes Et c’est ainsi qu’on échappe aisément à la pauvreté. Le Roi Pélasgos Comment donc pourrais-je vous venir en aide avec bienveillance ? Le Chœur des Danaïdes Ne nous livre pas aux fils d’Aigyptos qui nous réclameront. Le Roi Pélasgos Tu demandes une résolution dangereuse, et j’en attends une guerre. Le Chœur des Danaïdes La Justice protègera ses alliés. Le Roi Pélasgos Le Chœur des Danaïdes Respecte la poupe de ta ville ornée de rameaux. Le Roi Pélasgos Je suis épouvanté de les voir ombrager ces autels ! Le Chœur des Danaïdes Elle est terrible, la colère de Zeus, protecteur des suppliants. Fils de Palaikhthôn, entends-moi avec bienveillance, ô roi des Pélasges. Regarde-moi, suppliante, exilée, errante, comme une génisse aux taches blanches sur un haut rocher. Elle mugit sans secours et raconte son péril Le Roi Pélasgos Autour des autels des Dieux qui président les Jeux, je vois cette foule de jeunes filles suppliantes, ombragée de rameaux récemment coupés. Puissent-elles, ces étrangères, ne pas être une cause de ruine Le Chœur des Danaïdes Que Thémis, Déesse des suppliants, fille de Zeus qui dispense les biens, regarde ma fuite innocente ! Et toi, vieillard, apprends ceci de plus jeunes que toi : Si tu respectes un suppliant, tu ne manqueras de rien, car la volonté Le Roi Pélasgos Vous ne vous êtes point assises en suppliantes au foyer de mes demeures. S’il y a manque d’hospitalité, toute la ville en est responsable, et c’est au peuple tout entier à s’en inquiéter, afin d’échapper Le Chœur des Danaïdes Tu es la ville, tu es le peuple, tu es le Prytane souverain qui commandes à l’autel et au foyer. Tu es seul dans ta volonté, tu es assis seul sur le trône où tu régis toutes choses. Crains seul tout le mal. Le Roi Pélasgos Qu’il retombe sur mes ennemis ! Je ne puis vous venir en aide sans danger, et il est inhumain de mépriser vos prières. Mon esprit est plein de doutes et de craintes et je ne sais ce qu’il faut faire ou ne pas faire. Le Chœur des Danaïdes Celui qui d’en haut veille sur nous, regarde-le, ce gardien des malheureux réfugiés en suppliants auprès de leurs proches qui leur refusent la justice qui leur est due. La colère de Zeus, protecteur des suppliants, Le Roi Pélasgos Mais si les fils d’Aigyptos affirment que, d’après la loi de cette ville, étant du même sang, vous êtes sous leur main, qui les réfutera ? Il est donc nécessaire de leur opposer vos propres lois, Le Chœur des Danaïdes Que je ne sois jamais soumise à ces hommes ! Plutôt fuir sous les astres, à travers les mers, ces noces odieuses ! Mais tu prendras la Justice pour compagne, et tu jugeras ainsi que le veut la majesté des Dieux. Le Roi Pélasgos La cause n’est pas facile à juger. Ne me prends pas pour juge. Je te l’ai dit déjà, même si j’en avais le pouvoir, je ne déciderais rien sans le peuple, de peur qu’il me dise un jour, si quelque Le Chœur des Danaïdes Modification de Page :Eschyle069.jpg – Wikisource Zeus pèse ma cause et décide selon l’équité entre mes proches et moi. Il dispense le châtiment aux mauvais et la justice aux bons. Puisque tout est encore en suspens, pourquoi ne fais-tu pas ce qui est juste Le Roi Pélasgos Semblable au plongeur dont l’œil lucide ne doit pas être troublé par le vin, il me faut descendre dans une profonde réflexion, afin que tout se concilie heureusement, sans danger pour la ville et pour moi-même, Le Chœur des Danaïdes Aie ce souci et sois pour nous, comme il est juste, un protecteur bon et miséricordieux. Ne me perds pas, fugitive, chassée de la terre natale par une violence impie. Ne souffre pas que je sois arrachée, à tes yeux, des autels de tant de Dieux, telle qu’une proie. Ô toi qui possèdes toute la puissance sur cette terre, songe à l’insolence de ces hommes et préserve-moi Ne souffre pas que, suppliante, je sois arrachée des images des Dieux contre tout droit et toute justice, telle qu’une jument entraînée, saisie par mes bandelettes aux couleurs variées et par mes vêtements. Sache que, selon ce que tu décideras, il en arrivera autant à tes enfants et à ta demeure. Songe dans ton esprit que telle est la juste loi de Zeus. Le Roi Pélasgos Le Chœur des Danaïdes Écoute mes dernières paroles. Le Roi Pélasgos J’écoute, parle, rien ne m’échappera. Le Chœur des Danaïdes J’ai des ceintures qui retiennent mes vêtements. Le Roi Pélasgos Certes. Cela convient aux femmes. Le Chœur des Danaïdes Sache donc qu’il y a là pour nous une aide excellente. Le Roi Pélasgos Explique-toi. Que signifient ces paroles ? Le Chœur des Danaïdes Si tu ne nous promets rien de certain… Le Roi Pélasgos Le Chœur des Danaïdes Elles serviront à parer ces images d’ornements nouveaux. Le Roi Pélasgos Tu parles en énigmes. Dis-moi comment. Le Chœur des Danaïdes Nous nous pendrons aussitôt à ces Dieux. Le Roi Pélasgos J’ai entendu tes paroles. Elles frappent mon esprit d’horreur. Le Chœur des Danaïdes Tu as compris. Je me suis expliquée plus clairement. Le Roi Pélasgos Pour mille raisons ces difficultés sont inextricables. L’abondance des maux m’écrase comme un torrent. Je suis submergé par une mer furieuse d’immenses calamités, et il n’y a point de port à Danaos Ceci est digne d’actions de grâces sans nombre d’avoir rencontré un protecteur aussi vénérable ; mais donne-moi des serviteurs et des guides de cette terre, afin que nous trouvions les demeures et les autels Le Roi Pélasgos Allez, hommes ! L’étranger a bien parlé. Menez-le vers les autels de la ville et les demeures des Dieux. Dites brièvement à ceux que vous rencontrerez que vous conduisez un marin, suppliant des Dieux. Le Chœur des Danaïdes Le Roi Pélasgos Laisse ici ces rameaux, marques de ton malheur. Le Chœur des Danaïdes Je les abandonne, confiante en tes paroles et en ta puissance. Le Roi Pélasgos Retire-toi dans ce bois vaste. Le Chœur des Danaïdes Comment ce bois profane me protègera-t-il ? Le Roi Pélasgos Nous ne te livrerons pas aux oiseaux de proie. Le Chœur des Danaïdes Mais si c’était à des hommes plus à craindre que des dragons terribles ? Le Roi Pélasgos Réponds par un meilleur augure à des paroles de bon augure. Le Chœur des Danaïdes Le Roi Pélasgos La défiance envers les rois est sans borne. Le Chœur des Danaïdes Rends-moi la joie par tes paroles et tes actions. Le Roi Pélasgos Votre père ne vous laissera pas longtemps seules. Pour moi, ayant convoqué le peuple qui habite ce pays, je tenterai de persuader les citoyens de vous être bienveillants et j’enseignerai à votre père ce qu’il Le Chœur des Danaïdes Roi des rois, le plus heureux des bienheureux, force très puissante des puissants, très riche Zeus, écoute, exauce mes prières ! Détourne l’insolence de ces hommes que tu hais avec justice, abîme dans Regarde avec bienveillance cette race antique de jeunes filles issue d’une femme que tu as aimée. Souviens-toi d’Iô, que tu touchas de la main, et par laquelle nous nous glorifions d’appartenir à cette terre Strophe II Nous marchons dans les pas antiques, dans les pâturages fleuris de notre mère, dans la grasse prairie d’où, harcelée par le taon, elle s’enfuit, vagabonde et furieuse, à travers d’innombrables races Antistrophe II De la Phrygia, riche en troupeaux, à travers la terre d’Asia, elle parcourut Teuthras, ville des Mysiens, et les vallées Lydiennes, et les monts Kilikiens, et les contrées Pamphyliennes, et les fleuves au cours sans fin, Strophe III Harcelée par l’aiguillon du Bouvier ailé, elle parvint au bois florissant de Zeus, au pâturage fécondé par les neiges fondues et que parcourt la force de Typhôn, aux eaux du Néilos, vierges de Antistrophe III Et les vivants qui habitaient cette terre eurent l’esprit saisi par la pâle terreur, quand ils virent cette bête étrange, tenant de la race humaine et de la brute, moitié femme et moitié vache, et ils restaient Zeus, le Roi éternel. La violence du tourment cessa par la puissance et par le souffle divins, et l’amertume lamentable des larmes, et, recevant très véritablement le faix de Zeus, elle enfanta un illustre fils. Qui devait être très heureux pendant une longue vie. Et toute la terre cria : – Cet enfant est vraiment de Zeus ! Qui, en effet, eût réprimé les ruses furieuses de Hèra ? Ceci est l’œuvre Quel autre parmi les Dieux invoquerais-je plus justement ? C’est le Père, la source de toute génération, le maître de sa propre puissance, le créateur des choses antiques, le très bienveillant Zeus ! Il n’y a point de puissance au-dessus de la sienne, nul ne siège au-dessus de lui, nul n’est respecté par lui. Ce qu’il dit s’accomplit aussitôt, ce qu’il pense est réalisé sans retard. Danaos Ayez bon courage, enfants ! Les citoyens nous sont propices. Le peuple a décidé et décrété. Le Chœur des Danaïdes Salut ! ô vieillard, le plus cher des messagers ! Mais dis-nous quel décret a été rendu, et de quel côté le peuple a levé le plus de mains. Danaos Le Chœur des Danaïdes Faisons pour les Argiens des vœux heureux, pour prix de leur bienveillance. Que Zeus hospitalier reçoive ces paroles sincères de la bouche de ses hôtes ! Que nos prières soient ainsi exaucées jusqu’à Et maintenant, Dieux nés de Zeus, écoutez les prières que nous répandons pour cette race. Que jamais, au milieu des clameurs tumultueuses, la ville pélasgienne ne soit dévorée par le feu ! Que le farouche Ils n’ont point jugé en faveur des hommes et méprisé le droit des femmes ; mais ils ont regardé le divin Vengeur, la Sentinelle qu’on ne peut tromper, Celui que nulle demeure n’a vu debout sur son toit À l’ombre de ces rameaux suppliants mon vœu s’envolera pour leur récompense. Que jamais la contagion ne dépeuple la ville de ses citoyens, que jamais la sédition n’ensanglante la terre de meurtres Que les autels brûlent, entourés de sacrificateurs vénérables, afin que la chose publique prospère ! Qu’ils honorent le grand Zeus, le très grand Dieu hospitalier, qui, par la loi antique, a établi Que jamais le carnage ne se rue ici, tuant les guerriers, saccageant la ville, ennemi des Chœurs et de la Kithare, et n’y déchaîne tout armé le lamentable Arès au milieu des clameurs publiques ! Que l’horrible Que le peuple qui commande dans la ville, gardien de l’intérêt commun, observe équitablement les droits de la cité ! Qu’il se montre conciliant avec les étrangers avant d’armer Arès, et qu’ils Que les Argiens honorent toujours les Dieux de ce pays par des offrandes de lauriers et par des hécatombes, selon la coutume de leurs pères ! Le respect des parents est, en effet, le troisième parmi les préceptes de la Danaos Le Chœur des Danaïdes Peut-être un héraut ou un chef viendra nous réclamer et voudra nous emmener en servitude. Danaos Ils n’en feront rien ; n’ayez aucune crainte d’eux. Le Chœur des Danaïdes Cependant, si nous tardons à être secourues, le mieux est de nous en remettre à l’aide de ces Dieux. Danaos Ayez bon courage. Au temps, au jour marqué, le mortel qui a offensé les Dieux en reçoit le châtiment. Le Chœur des Danaïdes Père ! je tremble que ces nefs qui volent rapidement n’arrivent en peu d’instants. La terreur me saisit. Me faudra-t-il recommencer à fuir épouvantée ? Père, je meurs de crainte. Danaos Le Chœur des Danaïdes La race d’Aigyptos est funeste, farouche et insatiable de combat. Mais je le dis à qui le sait. Poussés par leur fureur, ils ont navigué sur leurs nefs solides et sombre, avec cette noire et grande armée. Danaos Mais ils rencontreront ici de nombreux bras exercés à la pleine chaleur du jour. Le Chœur des Danaïdes Ne me laisse pas seule ici, je t’en supplie, Père ! une femme seule est sans force ; Arès lui manque. Ceux-ci, rusé et impurs tels que des corbeaux, ne respectent point la sainteté des autels. Danaos Ceci nous servira, enfants, si les Dieux les détestent autant que vous les haïssez. Le Chœur des Danaïdes Ni les tridents, ni ces sanctuaires divins révérés par nous n’arrêteront leur main. Ils sont trop féroces, trop gonflés d’impiété et de violence. Impudents comme des chiens, ils n’écouteront Danaos Mais on dit que les loups sont plus forts que les chiens, et que le fruit du papyros n’en vaut pas l’épi. Le Chœur des Danaïdes Semblables à des bêtes fauves, impies et farouches, ils ont l’âme furieuse, et il faut redouter leur violence. Danaos La navigation d’une armée navale n’est pas aussi prompte. Il faut trouver un mouillage où l’on puisse fixer les câbles qui attachent les nefs à la terre. Les pilotes ne jettent pas sitôt les ancres, Le Chœur des Danaïdes Ô terre montueuse, justement vénérable, qu’allons- nous souffrir ? Où fuir sur la terre d’Apis, où trouver quelque part une caverne ? Que ne puis-je, noire fumée, m’approcher des nuages de Antistrophe I Je n’ai plus de courage, si je ne prends la fuite. Mon cœur sombre est saisi d’épouvante. Cette retraite choisie par mon père me perdra. Je meurs de crainte. J’aimerais mieux subir la destinée fatale, Strophe II Qui me donnera une demeure aérienne où les nuées pluvieuses deviennent de la neige, un rocher âpre, escarpé, inaccessible aux chèvres, solitaire, fréquenté des vautours, et d’où Antistrophe II Ensuite je ne refuserai pas de servir de pâture aux chiens et aux oiseaux carnassiers de ce pays. La mort me délivrera de mes maux lamentables ; que la mort m’arrive avant le lit nuptial ! Quel autre libérateur de ces noces Strophe III Élevez vos voix lugubres vers l’Ouranos, poussez des chants suppliants vers les Dieux, qui m’obtiennent leur aide et me délivrent. Père, vois les desseins de nos ennemis, toi qui n’aimes pas à contempler Antistrophe III L’orgueilleuse race d’Aigyptos, cette race farouche qui me poursuit et me presse dans ma fuite, veut me saisir avec violence. Mais toi, Zeus, tu tiens le fléau de la balance, et les mortels ne font rien sans toi ! Oh ! oh ! oh ! ah ! ah ! ah ! Voici un ravisseur, sorti des nefs, qui me poursuit à terre ! Auparavant, ô ravisseur, meurs ! ah ! ah ! ô Dieux ! de nouveau je pousse des cris lamentables. Voici le commencement des misères Le Héraut Hâtez-vous ! marchez promptement vers la nef. Le Chœur des Danaïdes Eh bien ! arrachez nos cheveux, frappez-nous, coupez notre tête toute sanglante ! Le Héraut Promptement, misérables ! à la nef ! et ensuite à travers les flots salés ! Obéis à mes ordres sans réplique et au fer de ma lance. Je te pousserai sanglante dans la nef, où tu resteras gisante. Le Chœur des Danaïdes Hélas, hélas ! Le Héraut Marche vers la nef, laisse ces autels ; ils ne sont point honorés par les hommes pieux. Le Chœur des Danaïdes Qu’elle ne me revoie jamais, l’onde nourricière du Néilos qui rajeunit le sang des mortels ! Sur cette terre sacrée, vieillard, je suis sortie d’une très antique race. Le Héraut À la nef ! à la nef ! marche promptement, que tu le veuilles ou non. Entraînées de force, allons ! marchez vers la nef, avant que je vous frappe de mes poings, misérables ! Le Chœur des Danaïdes Strophe I Le Héraut Crie, lamente-toi, invoque les Dieux ! Tu n’éviteras pas la nef aigyptienne. Lamente-toi, pousse des gémissements plus amers que toutes les douleurs, nomme-toi Lamentation ! Le Chœur des Danaïdes Antistrophe I Hélas ! hélas ! L’outrage aboie sur le rivage ! Tu vomis l’eau amère, toi qui me parles ! Que le grand Néilos t’engloutisse, orgueilleux, toi et ton arrogance ! Le Héraut Je vous ordonne de gagner la nef qui appuie sa proue au rivage. Allons, promptement et sans retard ! sans quoi je vais vous y traîner violemment par les cheveux ! Le Chœur des Danaïdes Strophe II Hélas ! hélas ! Père ! Le secours divin ne m’a pas sauvée du malheur. Comme une araignée qui m’enveloppe, voilà le songe noir ! ô Dieux, ô Dieux ! Terre, ma mère ! Terre, ma Le Héraut Je ne crains pas les Dieux de cette terre. Ils n’ont point nourri mon enfance et ils ne me conduiront pas à la vieillesse. Le Chœur des Danaïdes Antistrophe II Voici que ce serpent à deux pieds est plein de rage près de moi, et veut me mordre comme une vipère. Ô Dieux ! ô Dieux ! Terre, ma mère ! Terre, ma mère ! détourne ces clameurs terribles. Ô Le Héraut Celle qui, n’obéissant pas à mes paroles, ne marchera point vers la nef, ne tardera pas à voir ses vêtements en pièces. Le Chœur des Danaïdes Strophe III Hélas ! ô chefs et princes de la ville, je succombe ! Le Héraut Vous verrez bientôt plusieurs princes, les fils d’Aigyptos. Croyez-moi, vous ne manquerez point de maîtres. Le Chœur des Danaïdes Antistrophe III Nous périssons, ô Roi ! nous succombons ! Le Héraut Vous allez être traînées d’ici par les cheveux, puisque vous n’obéissez pas à mes paroles. Le Roi Pélasgos Et toi, que veux-tu ? Pourquoi outrages-tu de ton insolence la terre des hommes Pélasgiens ? Pensais-tu arriver dans une ville de femmes ? Tu n’es qu’un barbare, et tu oses te jouer des Hellènes ! Pour tant oublier, ton Le Héraut Qu’ai-je donc fait ici contre la justice ? Le Roi Pélasgos Étranger toi-même, tu ne sais ce qui est dû à des hôtes. Le Héraut Comment ne le saurais-je pas ? Je reprends ce que j’ai perdu. Le Roi Pélasgos À quels proxènes de ce pays as-tu parlé ? Le Héraut À Hermès, au très grand proxène et chercheur. Le Roi Pélasgos Tu te recommandes des Dieux et tu les outrages ! Le Héraut Je ne respecte que les Daimones du Néilos. Le Roi Pélasgos À t’entendre, tu ne comptes pour rien les Dieux de cette terre ? Le Héraut J’emmènerai celles-ci, à moins qu’on me les arrache. Le Roi Pélasgos Tu gémiras, si tu les touches, et promptement. Le Héraut J’entends une parole qui n’est pas hospitalière. Le Roi Pélasgos Ceux qui outragent les Dieux ne sont pas mes hôtes. Le Héraut Viens ! tu diras cela aux fils d’Aigyptos. Le Roi Pélasgos C’est un souci qui m’inquiète fort peu. Le Héraut Mais, afin que je puisse leur parler clairement, car il convient qu’un héraut soit un messager fidèle, que leur dirai-je ? Comment leur annoncerai-je que je reviens sans cette troupe de jeunes filles, leurs parentes ? Arès Le Roi Pélasgos Il n’est point nécessaire que tu saches mon nom. Tes compagnons et toi vous le connaîtrez assez avec le temps. Si celles-ci le veulent bien, tu les emmèneras de leur plein gré, les ayant persuadées par des Le Héraut Alors, tu sauras que c’est la guerre. La force et la victoire resteront aux hommes. Le Roi Pélasgos Vous en trouverez, des hommes, parmi ceux de ce pays, et qui ne sont pas buveurs de vin d’orge. Pour vous, avec vos chères compagnes, entrez d’un cœur ferme dans la ville bien fortifiée entourée de tours profondément Le Chœur des Danaïdes Sois comblé de biens pour tant de bienfaits, divin Roi des Pélasges ! Mais, dans ta bonté, envoie ici notre père courageux, Danaos, notre prévoyant conseiller. Sa prudence est meilleure pour décider quelles Le Roi Pélasgos Vous serez reçues avec des paroles de bienveillance et de joie par les citoyens de cette terre. Et vous, chères servantes, suivez chacune, pas à pas, celle des filles de Danaos qu’il vous aura désignée. Danaos Ô enfants ! il faut que vous fassiez des vœux et des sacrifices et que vous versiez des libations aux Argiens comme à des Dieux olympiens, puisqu’ils nous ont sauvés sans hésiter. Ils ont écouté Le Chœur des Danaïdes Le reste aux Dieux Olympiens ! Mais rassure-toi, Père, au sujet de ma jeunesse. À moins d’un nouveau conseil des Dieux, je ne quitterai pas le chemin que j’ai déjà parcouru. Allons, célébrez par vos chants les Dieux heureux protecteurs d’Argos, vous qui habitez la ville et les bords de l’antique fleuve Érasinos ! vous qui marchez avec nous, chantez ! Célébrons la ville des Chantons plutôt les fleuves qui versent sur cette terre l’abondance de leurs eaux et réjouissent le sol à l’aide de leurs limons fertiles. Que la chaste Artémis regarde notre troupe malheureuse, et que les noces Nous ne méprisons point la bienveillante Kypris, car, avec Hèra, elle possède la plus grande puissance auprès de Zeus. On l’honore, la subtile Déesse, source des biens vénérables. Le Désir Je redoute les vents qui chassent les exilées, les douleurs cruelles et les guerres sanglantes. Pourquoi nos rapides persécuteurs ont-ils accompli une si prompte navigation ? Que ce que la Destinée a voulu arrive donc ! La pensée Premier Demi-chœur Grand Zeus ! détourne de nous l’hymen des fils d’Aigyptos ! Second Demi-chœur Ceci serait pour le mieux ; mais tu supplies un Dieu inexorable. Premier Demi-chœur N’ignores-tu pas les choses futures ? Second Demi-chœur Pourquoi vouloir pénétrer l’immense pensée de Zeus ? Faites des vœux moins grands. Premier Demi-chœur Pourquoi me donnes-tu ce conseil ? Second Demi-chœur Crains de pénétrer les choses divines. Premier Demi-chœur Que le Roi Zeus détourne de moi les noces odieuses de cet homme que je fuis, lui qui délivra Io de son mal, en la caressant heureusement de la main, et, par une douce violence, créa ainsi notre race ! Second Demi-chœur Qu’il accorde la victoire aux femmes ! Que chacun ait sa part de bien et de mal, et que, par mes prières, la justice obtienne sa récompense légitime de la volonté tutélaire des Dieux !
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Eschyle
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