Élégie

Évariste de Parny (1753-1814)
Recueil : Poésies érotiques (1778)

Élégie

Oui, sans regret, du flambeau de mes jours
Je vois déjà la lumière éclipsée.
Tu vas bientôt sortir de ma pensée,
Cruel objet des plus tendres amours !
Ce triste espoir fait mon unique
joie.
Soins importuns, ne me retenez pas.
Eléonore a juré mon trépas ;
Je veux aller où sa rigueur m’envoie,
Dans cet asile ouvert à tout mortel,
Où du malheur on dépose la
chaîne,
Où l’on s’endort d’un sommeil éternel,
Où tout finit, et l’amour et la haine.
Tu gémiras, trop sensible Amitié !
De mes chagrins conserve au moins l’histoire,
Et que mon nom
sur la terre oublié
Vienne parfois s’offrir à ta mémoire.
Peut-être alors tu gémiras aussi,
Et tes regards se tourneront encore
Sur ma demeure, ingrate Eléonore,
Premier objet que
mon cœur a choisi.
Trop tard, hélas ! tu répandras des larmes.
Oui, tes beaux yeux se rempliront de pleurs.
Je te connais, et malgré tes rigueurs,
Dans mon amour tu trouves quelques charmes.
Lorsque
la mort, favorable à mes vœux,
De mes instants aura coupé la trame,
Lorsqu’un tombeau triste et silencieux
Renfermera ma douleur et ma flamme ;
Ô mes amis ! vous que j’aurai perdus,
Allez trouver
cette beauté cruelle,
Et dites-lui : c’en est fait, il n’est plus.
Puissent les pleurs que j’ai versés pour elle
N’être rendus !… Mais non ; dieu des Amours,
Je lui pardonne ; ajoutez à ses jours
Les jours heureux que m’ôta l’infidèle.

 

Evariste de Parny

 

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