Imitation d’Ovide

André Chénier (1762-1794)
Recueil: Bucoliques et Idylles

Imitation d’Ovide

 

Bacchus se déguisait sous un moins beau visage,
Quand de Tyrrhéniens une troupe sauvage
Vint le ravir plongé dans un profond sommeil.
Leur vaisseau le reçoit; on part, à son réveil,
Il
s’étonne. On lui jure, au moment qu’il les prie,
De voguer vers Naxos qu’il nomme sa patrie.
Il dissimule, et puis, l’oeil errant sur les flots:
« O ciel ! ah ! malheureux ! ce n’est point là Naxos !
Dieux
! grands Dieux ! » et ses mains dans ses feintes alarmes
Déchirent ses cheveux, et ses yeux sont en larmes.
« Jeune homme, lui dit l’un, que nos font tes malheurs ?
Tu viendras nous servir; et laisse là tes
pleurs. »
Il dit. Le vaisseau tremble. Et des formes terribles
De tigres, de lions, de panthères horribles
Fondent sur eux. En foule et n’ayant plus de voix,
Les traîtres du vaisseau s’élancent à
la fois,
O prodige ! et couverts d’une écaille étrangère
Se vont, légers dauphins, cacher sous l’onde amère.

 

 

André Chénier

 

03andre chenier

 

{loadposition position_chenier_bucoliques}

{loadposition position_chenier_oeuvres}

{loadposition position_chenier_liste}