Cette adoption de toi …

 Paul Verlaine (1844-1896)
Recueil : Amour (1888) — Lucien Létinois

Cette adoption de toi pour mon enfant

Cette adoption de toi pour mon enfant
Puisque l’on m’avait volé mon fils réel,
Elle n’était pas dans les conseils du ciel,
Je me le suis dit, en pleurant, bien souvent ;
 
Je me le suis dit toujours devant ta tombe
Noire de fusains, blanche de marguerites,
Elle fut sans doute un de ces démérites
Cause de ces maux où voici que je tombe.
 
Ce fut, je le crains, un
faux raisonnement.
À bien réfléchir je n’avais pas le droit,
Pour me consoler dans mon chemin étroit,
De te choisir, même ô si naïvement,
 
Même ô pour ce
plan d’humble vertu cachée :
Quelques champs autour d’une maison sans faste
Que connaît le pauvre, et sur un bonheur chaste
La grâce de Dieu complaisamment penchée !
 
Fallait te
laisser, pauvre et gai, dans ton nid,
Ne pas te mêler à mes jeux orageux,
Et souffrir l’exil en proscrit courageux,
L’exil loin du fils né d’un amour bénit.
 
Il me reviendrait,
le fils des justes noces,
À l’époque d’être au moment d’être un homme,
Quand il comprendrait, quand il sentirait comme
Son père endura de sottises féroces !
 
Cette
adoption fut le fruit défendu ;
J’aurais dû passer dans l’odeur et le frais
De l’arbre et du fruit sans m’arrêter auprès.
Le ciel m’a puni… J’aurais dû, j’aurais
dû !

 

Paul Verlaine

 

paulverlaine

 

{loadposition position_verlaine_amour}

{loadposition position_verlaine_oeuvres}