Sonnet héroïque

 Paul Verlaine (1844-1896)
Recueil : Amour (1888)

Sonnet héroïque

La Gueule parle : « L’or, et puis encore l’or,
Toujours l’or, et la viande, et les vins, et la viande,
Et l’or pour les vins fins et la viande, on demande
Un trou sans fond pour l’or
toujours et l’or encor ! »
 
La Panse dit : « À moi la chute du trésor !
La viande, et les vins fins, et l’or, toute provende,
À moi ! Dégringolez dans l’outre toute
grande
Ouverte du Seigneur Nabuchodonosor ! »
 
L’Œil est de pur cristal dans les suifs de la face :
Il brille, net et franc, près du vrai, rouge et faux,
Seule perfection parmi tous les défauts.
 
L’Âme attend vainement un remords efficace,
Et dans l’impénitence agonise de faim
Et de soif, et sanglote en pensant à La Fin.
 
1881.

 

Paul Verlaine

 

paulverlaine

 

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